ANALYSE FINANCIERE  © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE, Christian Brigouleix Source: PEOI

 


Chapitre 8 F- Analyse des disponibilités et équivalents

F - Analyse des disponibilités et équivalents

Les entreprises maintiennent des liquidités pour de nombreuses raisons : pour se livrer à des transactions (c.-à-d. effectuer les paiements réguliers), par précaution (c.-à-d. pour faire face à des problèmes inattendus), dans des buts spéculatifs (c.-à-d. pour réaliser un profit le plus élevé possible, dans des mesures raisonnables, sur les capitaux inutilisés et sur les opportunités qui peuvent se présenter), pour couvrir des charges futures reportées et pour satisfaire des conditions de crédit bancaire de maintenir des soldes compensateurs.

1) – Disponibilités optimum

Depuis l'an 2000, les dispositions des comptes bancaires (par exemple les comptes de marché monétaire, les comptes à solde zéro) permettent aux entreprises de ne laisser pratiquement aucune trésorerie inutilisée sans produire un certain intérêt. Seulement les espèces maintenues en tant que fonds de caisse, ou le contenu des caisses enregistreuses, ne gagne aucun intérêt, et pour la plupart des entreprises, particulièrement les entreprises de fabrication, ce sont des montants pratiquement négligeables. Pourtant le profit dérivé des comptes de marché monétaire est très bas: 4,5% à 5,5% en l'an 2000 avec une inflation à 2%. La plupart des espèces détenues par les entreprises sont habituellement placées dans des titres négociables qui peuvent rapporter deux fois plus que des comptes de marché monétaire. Pour des entreprises non financières, même cette rémunération de titres négociables est insuffisante pour en justifier l'existence parce que le coût moyen du capital d'une entreprise est beaucoup plus élevé (voir le Chapitre 11, Section D-1, peut-être même approchant le taux de rendement des capitaux propres qui étaient en moyenne de 20% en 1999 (voir le Chapitre 13, Section D-5. Cela signifie que maintenir des liquidités, même sous forme de titres négociables, n'est pas sans coût. Ce coût de l'opportunité augmente en proportion de l'importance des liquidités : moins il y a de projets entrepris, plus ils sont profitables.

Mais il y a également un coût résultant de liquidités insuffisantes. Ce coût peut être extrêmement élevé si très peu de liquidités sont disponibles. En effet, la carence de liquidité peut empêcher d'intervenir rapidement lors de catastrophes. Et / ou des occasions seront manquées par défaut de liquidité. Le coût résultant de fonds insuffisants diminue avec l'augmentation des liquidités, et tend à se confondre avec le coût d'obtention d'une avance sur une ligne de crédit (coût qui est très faible). Mathématiquement, le niveau optimum des liquidités est atteint quand le coût combiné d'avoir trop d'espèces, et d'en avoir trop peu, est au minimum.

Ce minimum dépend entièrement de la perception de l'avenir par la direction, en particulier des besoins futurs d'expansion, du potentiel d'opportunités inattendues et de perturbations majeures. Il est également affecté par la capacité de l'entreprise à trouver ou à emprunter des fonds nouveaux. Il est difficile de mesurer ces deux considérations. D'ailleurs les paiements quotidiens sont continus, mais les grosses dépenses pour de nouveaux projets ne le sont pas. Pour ces paiements majeurs, les fonds doivent être accumulés sur des mois ou des années. Ainsi, la gestion de trésorerie a deux aspects. L'un traite des flux de rentrées et paiements réguliers qui exigent qu'un solde minimum absolu soit disponible tout au long de l'année (peut-être plus important en période de pointe); à cet effet, le budget de trésorerie, décrit dans la dernière section de ce chapitre, est le mieux adapté.

Le deuxième aspect concerne l'accumulation des disponibilités pour les besoins à long terme et des catastrophes imprévues. Cette partie est beaucoup moins mathématique. Il est probable que l'identification et l'évaluation des raisons sous-jacentes (par exemple des plans de développement d'un nouveau produit) sont bien plus importantes que le niveau de liquidité qu'une entreprise décide de faire figurer au bilan. Cependant, si on lit que l'entreprise projette une campagne publicitaire importante l'année prochaine, la stratégie semblerait beaucoup plus solide si l'entreprise a déjà mis de côté à cet effet un solde substantiel de disponibilités. Cette analyse dépasse la liquidité et les considérations à court terme. La sécurité qu'une entreprise accumule avec une telle réserve de disponibilités est mieux étudiée avec le concept de flux de trésorerie disponible, (capacité d'auto financement) décrit dans le Chapitre 10, Section F-3 et brièvement évoqué dans la Section J-3 de ce chapitre

Voir les questions de révisions: Q-8F1 à Q.8F1.8

2) - Comparaison entre secteurs d'activité et entreprises

Il est généralement accepté que les entreprises de fabrication détiennent des disponibilités plus importantes que des sociétés de services ou les services publics, parce qu'elles font face à des marchés plus instables. Le tableau T-8.6 présente les proportions moyennes de liquidités par rapport aux actifs totaux pour 80.000 entreprises américaines groupées en huit secteurs et par volume de ventes en 1999.

Tableau T-8.6

Liquidités en tant que % des actifs totaux par taille dans 80.000 entreprises américaines en 1999

Volume de ventes (en millions de $)

0-1 1-3 3-5 5-10 10-25 > 25

Moyenne
Transport 9 9 9 9 8 7 9
Services 15 11 12 13 12 13 12
Services publics 8 11 6 6 9 7 8
Construction 16 11 10 11 10 9 11
Vente en gros 12 8 8 7 6 5 8
Détail 9 8 8 8 8 7 8
Fabrication 8 9 8 7 6 6 7
Médias 14 15 12 11 9,5 10 12

Moyenne

12 10 9 9 8 7

En se basant sur des données empiriques étudiées en 1999 présentées dans le Tableau T-8.6, on voit que la croyance générale que les entreprises de fabrication détiennent une proportion plus importante de disponibilités n'est pas confirmée. Les entreprises de fabrication ont en moyenne 7% de leurs actifs en liquidités, comparé à 12% pour les sociétés de services et d'information par exemple. De plus, la possession plus importante de liquidités des entreprises de service n'est pas attribuable à une plus grande proportion de plus petites entreprises dans les services que dans la fabrication : on observe de plus grandes proportions de disponibilités des entreprises de service dans chaque groupe de taille d'entreprise. .

L'autre croyance générale est que les plus petites entreprises devraient avoir de plus grandes liquidités parce qu'il leur est plus difficile d'accéder aux marchés financiers et d'emprunter, et que leur besoin de se développer est plus pressant que celui de grandes entreprises. Les données 1999 présentées dans le Tableau T-8.6 soutiennent généralement cette croyance, mais pas pour tous les secteurs. Quoique la recommandation semble très pertinente, les données empiriques de 1999 prouvent que les plus petites entreprises de fabrication et de transport n'ont pas une plus grande proportion d'actif en liquidités que les entreprises plus importantes. Ceci est d'autant plus inquiétant que les petites entreprises de fabrication tendent à faire face à un environnement commercial plus instable et plus incontrôlable. Il est possible que ces données indiquent qu'une grande proportion de petites entreprises de fabrication soient en difficulté financière (comme il sera confirmé dans le Chapitre 11, Section E-2 et dans le Chapitre D-4, Section 13 où la valeur nette et la rentabilité sont étudiées). Ceci entraîne deux observations évidentes mais non moins importantes pour le secteur de la fabrication aux Etats-Unis en 1999: a) - les entreprises florissantes ont des disponibilités plus importantes, et b)- on les trouvera davantage parmi les plus grandes entreprises.

Voir les questions de révision : de Q-8F2.1 à Q-8F2.3

3) - Comparaison historique

Le tableau T-8.7 ci-dessous présente la ventilation des actifs d'entreprises américaines pendant certaines années choisies parmi les 40 dernières années. Ces données sont fortement agglomérées et ne sont pas entièrement comparables aux chiffres utilisés ailleurs dans ce chapitre (qui concernent huit secteurs seulement).

Tableau T-8.7

Composition des actifs d'entreprises américaines 1960-96 (en milliards de $)
1960 1970 1980 1987 1996
Capitaux totaux 1207 2635 7617 15311 28642
Espèces 97 177 529 754 1097
Titres 135 197 472 1092 1339
Effets à recevoir 242 615 1985 3763 5783
Stocks 91 190 535 829 1079
Total actif à long terme 642 1456 4096 8873 19344
% Espèces 0,19 0,14 0,13 0,12 0,09
% Effets à recevoir 0,20 0,23 0,26 0,25 0,20
% Stocks 0,08 0,07 0,07 0,05 0,04
% Actif à court terme 0,47 0,45 0,46 0,42 0,32
% Actif à long terme 0,53 0,55 0,54 0,58 0,68
Source: Statistical Abstracts, Active Corporations - Assets and Liabilities, 1960- , from US IRS Statistics of Income, Corporation Income Tax Returns.

Les données montrent clairement une diminution notoire de la proportion de liquide. On peut spéculer sur de nombreuses raisons (dont certaines ont été précédemment mentionnées) qui peuvent expliquer la proportion croissante des immobilisations et la proportion décroissante des liquidités : une plus grande intermédiation financière, un accès plus facile aux marchés financiers, un plus grand recours aux assurances, une économie plus stable, et une gestion plus sophistiquée des liquidités et avoirs financiers.

Voir les questions de révision : Q-8F3.1 et Q-8F3.2

4) - Le Ratio de Liquidité Immédiate

Le ratio de liquidité immédiate est rarement utilisé si ce n'est pour analyser des entreprises en difficulté ou ayant des investissements fortement spéculatifs.

Ratio de liquidité immédiate = Espèces + Titres Négociables / Passif Exigible

Comme exemple de calcul de ce ratio, nous pouvons prendre des données du Bilan de Merck. Les espèces et équivalents s'élèvent à $3.356 millions et le passif exigible à $ 6.069 millions. Ceci donne un ratio de liquidité immédiate pour Merck en 1999 de

Ratio de liquidité immédiate = 3.356 / 6.069 = 0,55

C'est une valeur particulièrement élevée, comme on peut le vérifier en calculant les ratios de liquidité immédiate des autres sociétés utilisées comme exemples dans cet ouvrage: Bilan de Timken , Bilan de Lucent Technology , Bilan de Delta Airlines , Bilan de Bell Atlantic Corporation et Bilan de AO Boom GAAP . Dans les chapitres suivants, nous étudierons les raisons du montant élevé des liquidités de Merck à l’aide de plusieurs exemples.

Voir la question de révision : Q-8F4.1

Voir les travaux de recherche : de R-8F.1 à R-8F.5

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