PRECIS DE MACRO-ECONOMIE   © 1986, 1990 & 2002 John Petroff.  Traduction 2003 Sandrine Cortet.
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Chapitre 6:

CYCLE ÉCONOMIQUE

INTRODUCTION
Le but de ce chapitre est d'étudier la nature, les causes et les caractéristiques de deux questions économiques majeures : le chômage et l'inflation.

CYCLE ÉCONOMIQUE
Les cycles économiques correspondent à la succession de périodes de récession et de prospérité, qui se produisent de façon récurrente, qui affectent tout un pays, et qui s'alimentent d'elles-mêmes. Il faut les distinguer des variations saisonnières (baisse des ventes de manteaux en été par exemple) et des tendances à long terme (particulièrement celles liées à la population, comme le "baby-boom" par exemple). Les phases d'un cycle économique sont les suivantes : apogée, contraction, récession, creux, rétablissement, et expansion.

On peut plus facilement mettre en évidence l'existence d'un cycle quand les licenciements sont nombreux et que les possiblités de réembauche sont limitées. Pendant des périodes de pic d'activité économique, on observe rarement ce type de situation, mais c'est une situation fréquente en période de récession.

RÉCESSION
Une récession correspond à une diminution diffuse de l'activité économique. Ces baisses d'activité provoquent généralement la perte d'emploi de nombreux employés. Les récessions les plus graves sont appelées "dépressions". Les causes des récessions peuvent être liées à des excédents de stock, des diminutions de consommation (qui peut s'expliquer par la peur de l'avenir par exemple), un manque d'innovation, une formation de nouveau capital insuffisante, ou à des blocages imprévisibles et aléatoires.

Une des plus grave recession mesurée par les statistiques est celle des années 30 : environ une personne sur 4 (soit près de 25%) s'est retrouvée sans emploi. La période n'a pas été seulement synonyme de manque de revenus pour certains, elle a aussi brisé des vies et des familles entières.

BIENS A ACHAT DIFFERÉ
Les cycles économiques sont affectés de façon significative par les variations des ventes d'articles dont l'achat peut être reporté quelques années plus tard grâce à un entretien et des réparations supplémentaires. De tels articles à achat différé sont essentiellement les marchandises durables et le nouveau capital.

Le plus souvent, l'achat d'une voiture est retardé en période d'insécurité de l'emploi. Cela s'explique par la crainte des difficultés à payer les échéances mensuelles (du prêt ou du leasing) et la peur de se voir reprendre le véhicule par la banque.

CHÔMAGE
Le chômage correspond à une recherche de travail par la main-d'Suvre et à une impossibilité d'en trouver. L'incidence du chômage peut se traduire par l'insuffisance du rendement potentiel d'un pays affectant tout aussi bien la production, que les revenus et la consommation des marchandises courantes. Une conséquence moins tangible, mais plus significative, est la perte de valeurs sociales et culturelles de la population privée de la capacité de jouer un rôle actif dans la société.

Certains de ceux qui sont sans emploi ont été licenciés alors que d'autres sont de nouveaux venus dans la population active comme les jeunes diplômés qui cherchent leur premier emploi ou les femmes (ou hommes) au foyer qui décident de revenir sur le marché du travail.

CHÔMAGE DE FRICTION
Le chômage de friction est le fait des employés qui changent de travail pour des emplois plus productifs et mieux rémunérés. Une telle mobilité de la main-d'Suvre est souhaitable parce qu'elle assure une utilisation plus efficace de la main d'oeuvre et l'augmentation des revenus.

Aux Etats-Unis en particulier, il n'est pas rare qu'un employé cherche un emploi dans une autre entreprise, si ses conditions de travail ou de salaire ne le satisfont pas. Dans une certaine mesure, ces changements d'emploi sont souhaitables parce qu'ils permettent aux employés d'optimiser l'utilisation de leurs compétences.

CHÔMAGE STRUCTUREL
Le chômage structurel est dû à des changements dans divers secteurs de l'économie. Le changement continuel des conditions économiques dans les différents secteurs industriels est dû aux évolutions des goûts, aux progrès des technologies, et est partie intégrante de toute société en mouvement. On peut réduire le chômage grâce au reclassement des employés. Cette forme de chômage est souhaitable parce qu'elle traduit une recherche d'améliorations des produits de la société.

Dans les années 80, la diminution du prix du pétrole aux Etats-Unis a rendu sa production peu intéressante en terme de profits (en particulier au Texas). De nombreuses exploitations ont été abandonnées et leurs employés ont été licenciés. On peut considèrer que ces derniers ont été victimes du chômage structurel du pays.

CHÔMAGE CYCLIQUE
Le chômage cyclique, ou chômage à proprement parlé, s'explique seulement par l'insuffisance du niveau de l'activité économique. Cette forme de chômage est la moins souhaitable parce qu'on peut l'éviter.

L'intégralité du chômage pendant la grande dépression des années 30 correspondait à un chômage cyclique. Chacun se cramponnait à son emploi. Le chômage de friction était rare. Le chômage structurel avait moins de conséquences que celui que provoquaient les consommateurs effrayés à l'idée de dépenser leur argent, et les entreprises contraintes de réduire leur production.

TAUX DE CHÔMAGE
Le taux de chômage aux Etats-Unis est calculé à partir d'une enquête par téléphone dans les foyers parmi lesquels on détermine la proportion de main-d'Suvre qui cherche activement du travail et n'arrive pas à en trouver. Dans d'autres pays, les statistiques sont basées sur le nombre d'inscrits au bureau de chômage; par conséquent, toute comparaison internationale ne serait pas fidèle à la réalité. Les taux de chômage peuvent être faussés par le sous-emploi (travail à mi-temps), la présence de travailleurs découragés et l'économie souterraine.

Il semblerait que le calcul du taux de chômage sur la base de ceux qui font une demande d'allocations de chômage soit juste. En fait, la méthode de questionnaire employée aux Etats-Unis semble être meilleure parce que certains individus peuvent se déclarer au chômage tout en travaillant sans être inscrit sur les registres d'un employeur.

TRAVAILLEURS DÉCOURAGÉS
La présence des travailleurs découragés dissimule la véritable ampleur du chômage derrière le taux officiel. C'est un problème particulièrement sérieux pendant les récessions parce qu'un plus grand nombre de travailleurs découragés quitte la main d'Suvre.

En raison du manque de qualifications ou d'infirmité, quelques individus ont, malheureusement, très peu de chance de pouvoir trouver un emploi à plein temps quoiqu'ils fassent. Il arrive que certains cessent leur recherche d'emploi. Ce sont ces individus qui sont répertoriés comme travailleurs découragés.

TAUX NATUREL DU CHOMÂGE
Le taux naturel du chômage correspond à la combinaison du chômage structurel et du chômage de friction, ce sont les formes de chômage qui ne peuvent être évitées même à un niveau très élevé d'activité économique. Ce taux naturel de chômage a historiquement été autour de 4% aux Etats-Unis, mais il s'est élevé légèrement dans les années 1980-1990 en raison des changements de composition de la main-d'Suvre qui comprend désormais plus de femmes et de jeunes (qui ont généralement besoin de plus de temps pour décrocher un emploi).

Les changements de goûts ou des méthodes de production sont les causes principales qui expliquent les changements structurels de notre économie. Ces changements se produisent continuellement. Une part du chômage structurel reste inévitable. Le chômage de friction est souhaitable. Si, à ces deux formes de chômage, on ajoute le chômage causé par ceux qui cherchent un emploi pour la première fois, il est clair qu'il y aura toujours un certain nombre d'individus en recherche d'emploi.

COÛTS DU CHÔMAGE
Il y a des coûts économiques et des coûts non-économiques résultant du chômage. Les coûts économiques principaux sont les revenus non-perçus et le rendement perdu. Ces coûts peuvent être mesurés par l'insuffisance du PNB. La loi d'Okun est utilisée pour déterminer l'insuffisance du PNB en utilisant la formule suivante : chaque fois que le taux de chômage réel est supérieur de 1% au taux naturel du chômage, le PNB est insuffisant de 2,5%. Une autre caractéristique du coût économique du chômage est sa répartition inégale sur la population. Pendant les récessions, les ouvriers peu qualifiés et les minorités sont plus touchés par le chômage que le reste de la population.

COÛTS NON-ECONOMIQUES DU CHÔMAGE
Les coûts non-économiques tendent à être élevés pendant les montées du chômage cyclique. Le chômage peut mener à une désintégration des familles, à une perte de qualifications professionnelles, à une perte de confiance en soi, à un malaise social, à une augmentation de maladies mentales, à une hausse du nombre des crimes, et à un déclin général du moral. L'histoire est pleine d'exemples où le chômage grave a provoqué de violent changements sociaux et politiques.

INFLATION
L'inflation est un processus diffus de hausse des prix. Le taux de l'inflation est égal au taux de changement de l'indice des prix (comme l'indice des prix à la consommation ou CPI). Historiquement, l'inflation a été jugée sérieuse dès lors qu'elle s'est approchée ou a excédé 10% par an.

Aller en course et trouver des prix plus élevés, c'est de l'inflation. Certains pays ont couramment des taux d'inflation très élevés, excédant même 100%, ce qui signifie que les prix doublent chaque année.

DÉFLATION
La déflation est un processus diffus de diminution des prix. Historiquement, la déflation est moins courante que l'inflation, mais elle est plus à craindre parce que la perte de revenus d'un grand nombre d'entreprises peut avoir comme conséquence un grand nombre de faillites et une diminution de l'activité économique (comme cela s'est produit, par exemple, pendant la grande dépression des années 30).

Les périodes de déflation ont été plutôt rares dans la plupart des pays du monde. Pendant la grande dépression des années 30, les prix ont baissé. Les conséquences furent tout à fait dévastatrices : beaucoup de compagnies furent fermées par manque de revenus.

INFLATION PROVOQUEE PAR LA DEMANDE
Une des explications possible de l'inflation est qu'elle résulte d'une demande excessive de la part des consommateurs alors que les entreprises ne peuvent pas augmenter le rendement au-delà de leur capacité productive. On dit qu'il s'agit d'inflation provoquée par la demande.

A la fin des années 60, les Etats-Unis ont vécu une période d'activité économique élevée provoquée par une croissance économique générale et par la guerre du Vietnam. Les producteurs ne pouvaient pas augmenter leur production, alors que les consommateurs voulaient acheter d'avantage grâce à leurs revenus élevés. Le résultat a été une période d'inflation provoquée par la demande.

INFLATION LIÈE À LA HAUSSE DES COÛTS
Une explication courante de la hausse des prix est l'augmentation des coûts. Par exemple, les revendications syndicales pour la hausse des salaires sont à ranger dans les facteurs de montée et de pression des salaires. D'autres fois, c'est la hausse des prix des matières premières qui est source d'inflation. Ce fut le cas, par exemple, lors de la crise pétrolière des années 70.

La crise pétrolière de 1979-1980 a fait sérieusement monter les prix du pétrole au début des années 80. Les coûts accrus de l'énergie se sont reportés sur les consommateurs sous forme de prix plus élevés. Cette période inflationniste a été, en grande partie, une inflation dûe à la montée et à la pression des coûts.

MESURE DE L'INFLATION
L'inflation est en général mesurée à l'aide de l'indice des prix à la consommation (CPI aux Etats-Unis). Cet indice mesure le niveau général des prix d'un panier de 300 produits et services. Il est calculé comme suit : quotient du niveau des prix pendant une année donnée divisé par le niveau des prix du même panier de marchandises et services pendant l'année de référence. L'indice de l'année de référence est égal à 100. Le taux d'inflation est calculé pour n'importe quelle année donnée par la même formule :

(indice de l'année courante - indice de l'année précédente) / indice de l'année précédente

RÈGLE DE 70
La règle de 70 est utilisée pour déterminer le nombre d'années nécessaires pour que les prix doublent par rapport à ceux du taux d'inflation courant. Le nombre d'années pour que les prix doublent est déterminé en divisant 70 par le taux d'inflation annuel courant. (La règle de 70 peut également être utilisée pour déterminer au bout de combien d'années le PNB doublera).

EFFET DE REDISTRIBUTION DE L'INFLATION
L'effet de l'inflation (si on ne la prévoit pas) est de redistribuer la richesse et les revenus des épargnants et des titulaires de revenus fixes, vers les débiteurs et les titulaires de revenus variables. Cela se produit parce que le pouvoir d'achat d'une somme fixe d'argent diminue, et parce que les emprunteurs remboursent leurs créances aux créanciers avec de la monnaie meilleur marché.

Un emprunteur qui paye un taux d'intérêt plus bas que le taux d'inflation rembourse en fait à son créancier moins que ce qu'il avait emprunté (en terme de pouvoir d'achat de la somme remboursée). Si le taux d'intérêt n'est pas indexé sur le taux d'inflation, l'emprunteur est gagnant alors que le créancier est perdant.

REVENU RÉEL
Le revenu réel est égal au revenu nominal ajusté au taux d'inflation. Par exemple, le taux d'intérêt réel est égal au taux d'intérêt nominal moins le taux d'inflation.

Ce qu'un revenu peut acheter comme quantité de marchandises et de services, également connu sous le nom de pouvoir d'achat, est le revenu réel. Si les prix augmentent sans que ses revenus suivent à la hausse, un individu ne pourra pas acheter autant de produits qu'avant.

INFLATION ANTICIPÉE
Si on anticipe totalement l'inflation, on peut anihiler son effet de redistribution. Pour ce faire, il suffit d'ajouter l'équivalent de la perte de pouvoir d'achat aux revenus fixes et d'indexer les taux d'intérêts à l'inflation (en augmentant l'intérêt nominal du taux d'inflation). Le revers de l'utilisation de ces divers ajustements d'une inflation anticipée est qu'il perpétue l'inflation.

Au cours des années 80, les taux d'intérêt variables des hypothèques sont devenus populaires. Les emprunteurs-les acheteurs de maisons-et les créanciers-les banques-ont pu en bénéficer. Quand l'intérêt est lié (ou indexé) à l'inflation, les acheteurs de maison voient leurs paiements allégés quand l'inflation ralentit. Les banques sont également protégées contre la perte du pouvoir d'achat des remboursements quand le taux d'inflation augmente.

EFFET DE RENDEMENT DE L'INFLATION
Selon sa sévérité, l'inflation peut avoir soit un effet stimulateur doux (qui est aussi appelé épargne obligatoire), soit un effet de grave ralentissement (dans le cas d'hyper-inflation). En général des changements continuels de prix rendent les consommateurs peu confiants dans la valeur réelle des produits, et cette incertitude fait baisser le volume d'achats.

Historiquement, les périodes d'inflation ont été associées à des crêtes d'activité économique. Le prix élevé des marchandises et l'incertitude au sujet de ce qu'est la valeur réelle des marchandises, ont été identifiés comme causes du ralentissement des achats dans les années 1970-80 aux Etats Unis. Cependant, certains pays parviennent à s'adapter à des taux d'inflation très élevés.

EPARGNE OBLIGATOIRE
Dans le cas d'une inflation douce (4-6% par an), l'augmentation de l'excédent des revenus sur les coûts de production pour la plupart des entreprises permet de mettre cet excédent de côté et d'entreprendre de nouveaux investissements, ce qui est expansionniste. C'est ce qu'on appelle l'épargne obligatoire.

HYPER-INFLATION
L'hyper-inflation est la forme la plus grave et la plus destructive de l'inflation. Quand l'argent diminue en valeur si rapidement qu'il cesse d'être un agent monétaire, l'économie retourne à un système de troc et l'activité économique peut cesser complétement. Un tel danger peut être présent même avec une inflation modérée parce que l'anticipation de l'inflation à venir peut aboutir à une spirale de poussée des coûts et de la demande des consommateurs qui peuvent mener à l'hyper-inflation. Cependant, quelques pays s'accommodent d'une inflation très élevée.

L'exemple classique de l'hyper-inflation est celui de l'Allemagne pendant les années 20. L'argent avait tellement perdu de sa valeur que le poids du papier d'argent nécessaire pour acheter un certain nombre de produits excédait le poids des produits eux-mêmes. Rien d'étonnant alors à ce que les gens aient préféré éviter d'utiliser l'argent dans leurs transactions quand c'était possible.

Test de révision

Devoirs

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