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PRECIS DE MACRO-ECONOMIE | © 1986, 1990 & 2002 John Petroff. Traduction 2003 Sandrine Cortet. |
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INTRODUCTION
Le but de ce chapitre est de se pencher sur deux approches différentes
de la façon dont la politique monétaire affecte
l'activité économique. Keynes explique que le lien
avec l'activité économique se fait par l'intermédiairedes
taux d'intérêt et de l'investissement. Les monétaristespensent,
eux, que la masse monétaire affecte le niveau des achats
directement. Les deux vues opposées conduisent à
des politiques économiques différentes.
VISION DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
PAR KEYNES
Pour Keynes, une politique d'argent facile entraîne l'augmentation
de la masse monétaire, ce qui oblige le taux d'intérêt(ou
le coût de l'emprunt) à diminuer. Un taux d'intérêtinférieur
rend possible plus d'investissement. La hausse de l'investissement
contribue à une hausse de la dépense globale, ce
qui a un effet multiplicateur. La politique de l'argent rare fonctionne
dans le sens inverse.
| En 1981, la Fed a utilisé une politique d'argent rare pour ralentir l'inflation. En conséquence, les taux d'intérêt ont atteint des niveaux élevés sans précédent. Une récession modérée a suivi en 1981-82, apparemment en raison de la baisse de l'investissement dûe au coût élevé et à la difficulté d'emprunter. |
IMPERFECTIONS DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
Dans la vision de Keynes, la politique monétaire peut êtretrès
inefficace. Cela peut en partie s'expliquer par l'asymétriede
la politique, les changements dans la vélocité (ce
qui peut frustrer les politiques), l'hésitation des investisseurs
(particulièrement s'ils ne sont pas sensibles au taux d'intérêt).
En outre, les taux d'intérêt génèrent
un phénomène de rétroaction parce qu'ils
constituent aussi un coût et affectent l'inflation, ce qui
diminue la richesse et, par conséquent la consommation.
| Dans la plupart des pays, on accepte communément l'idée que la politique monétaire doit contrôler l'inflation, mais ne suffit pas pour stimuler l'économie. La politique fiscale est considérée comme l'outil approprié pour le contrôle de l'activité économique. |
ASYMÉTRIE DE LA POLITIQUE
MONÉTAIRE
L'imperfection principale de la politique monétaire réside
dans son asymétrie. En effet, une politique de l'argent
rare est très efficace pour prévenir les nouveaux
prêts parce que les réserves sont réduites
et qu'il n'y a pas d'argent à emprunter. Mais la politique
d'argent facile est susceptible d'être inefficace parce
que l'excédent de réserves n'est pas prêt
par certaines banques qui craignent la faillite des emprunteurs
pendant les périodes de récession. C'est pourquoi,
en cas de récession, Keynes recommande de ne pas utiliser
la politique monétaire mais plutôt la politique fiscale.
| Pendant la grande dépression des années 30, le taux d'intérêt est tombé en dessous de 1%. Avec un taux d'intérêt si bas, on pourrait penser que beaucoup d'entreprises ont contracté des prêts. Mais ceci ne s'est pas produit : le volume de prêts a même diminué considérablement. Cela s'explique parce que les entreprises avaient des difficultés à rester viables, et parce que les banques craignaient de prêter l'argent. |
DILEMME DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
La politique monétaire peut être utilisée
pour contrôler soit la masse monétaire soit le taux
d'intérêt, mais pas les deux en même temps.
C'est pourquoi on parle de dilemme. Dans le passé, le dilemme
s'est avéré particulièrement important parce
que la Fed a souvent été chargée de faciliter
les prêts du gouvernement en maintenant des taux d'intérêt
bas. Cette politique allait en fait à l'encontre du contrôle
de l'inflation, qui est pourtant la mission principale de la Fed.
| Le choix entre contrôle des taux d'intérêt et contrôle de la masse monétaire a été particulièrement difficile aux Etats-Unis juste après la deuxième guerre mondiale. Avec la guerre, l'État a subi une importante dette publique et a instamment demandé à la Fed de maintenir des taux d'intérêt à un bas niveau. Mais, la politique de taux d'intérêt bas allait à l'encontre du besoin de resserrer la masse monétaire pour combattre l'inflation. |
VISION DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE
PAR LES MONÉTARISTES
Selon les monétaristes, une politique d'argent facile augmente
les soldes liquides des individus, les encourageant à dépenser
plus. En effet, les individus maintiennent un rapport stable entre
les dépenses qu'ils considèrent souhaitables et
leurs soldes liquides. Une politique de l'argent rare réduit
les soldes liquides et tronque les dépenses directement.
Dans la vision des monétaristes, passer par le biais de
l'investissement est inutile.
| Si la masse monétaire augmente, cela signifie qu'il y a plus d'argent sur les comptes chèque bancaires, ce qui constituent la plus grande partie de la masse monétaire. Si les gens ont plus d'argent sur leurs comptes chèque, ils se sentent plus riches et sont donc plus disposés dépenser. |
ÉQUATION DE QUANTITÉ
DE MONNAIE
Les monétaristes se basent sur la vérification empirique
de l'équation de la quantité de monnaie :
MV = PQ
qui déclare que la masse monétaire M multipliée par la vélocité V est égale à la production réelle Q multipliés par le niveau des prix P. Ils voient un rapport de cause à effet entre le volume des transactions et la la masse monétaire.
| On peut se rappeler du modele des courants circulaires des fonds pour mieux comprendre l'équation de la quantité d'argent. Le montant de tout ce qui a été vendu pendant 12 mois est le produit de la multiplication des prix par les quantités : PQ. Ce qui a été vendu est aussi égal à ce qui a été acheté. Et cela est égal au montant moyen d'argent en main M multiplié par le nombre de fois V que la quantité d'argent a été réutilisée, soit MV. Les deux sont réellement identiques. |
VELOCITE
La vélocité est la fréquence de rotation
de la monnaie. La vélocité est considérée
comme stable par les monétaristes parce que c'est le reflet
du désir de sécurité de notre société
qui se traduit par le maintien d'une proportion constante entre
nos soldes liquides et nos dépenses.
| Chaque personne a une certaine proportion de richesse ou de revenus qu'il estime bon de conserver sous forme d'argent liquide en cas de besoins imprévus. La proportion est différente pour chaque personne et dépend de l'attitude de chacun à l'égard des incertitudes économiques. Cette attitude ne change pas beaucoup avec le temps, et, par conséquent, la proportion entre les soldes liquides et la dépense reste la même. |
CRITIQUE DES MONÉTARISTES
Les monétaristes critiquent les recommandations de la politique
de Keynes, en indiquant qu'une telle politique monétaire
est mal orientée car elle vise à conserver des taux
d'intérêt bas (pour faciliter l'emprunt du gouvernement)
ce qui est déstabilisant et inflationniste. Ils évoquent
également l'effet de "crowding-out" de la politique
fiscale. Le bienfait de la politique fiscale est d'augmenter la
masse monétaire, avancent-ils; mais le gaspillage causé
par l'inefficacité bureaucratique est amoindri si le gonflementde
la masse monétaire résulte de la politique monétaire.
| Les mesures prises par la Fed pendant la grande dépression tendent à confirmer l'approche monétariste selon laquelle la politique monétaire était mal orientée. En effet, le taux d'escompte a été augmenté en 1931. De plus, le ratio de réserves obligatoires a aussi été augmenté en 1936 et 1937. Finalement, les opérations de marché libre se sont traduites par des ventes plutôt que par des achats de bons du trésorpar la Fed. Toutes ces actions ont contribu à la sévéritéde la dépression. |
RECOMMANDATION DES MONÉTARISTES
Les monétaristes recommandent d'éviter des actions
discrétionnaires de politique monétaire (qui sont
déstabilisantes), et d'utiliser, au lieu de cela, le taux
stable de croissance de la masse monétaire pour permettre
une croissance stable de l'économie. L'utilisation de la
politique fiscale doit être également limitée.
| Le politique monétaire américaine des années 80 fut inspirée par les approches monétaristes et semble avoir satisfait certaines de ses promesses.Quand Paul Volker prit la tête de la Fed en 1979, il annonça qu'il se concentrerait sur la croissance de la masse monétaire et pas sur les taux d'intérêt. Les taux d'intérêt ont atteint des niveaux très élevés en 1980 et 1981. Néanmoins, l'inflation a été maîtrisée en moins de 3 ans. |
INSTABILITÉ DE LA VELOCITE
Les économistes Keynesiens répondent aux monétaristes
que la vélocité est instable. Cela remet en cause
la validité de l'utilisation d'un taux stable de croissance
de la masse monétaire en vue d'une stabilité économique.
La controverse s'accentue quand on utilise une définition
étroite de masse monétaire comme M1. En outre, les
keynesiens précisent que l'équation de la quantit
d'argent est une tautologie qui ne peut certainement pas confirmer
le sens d'un mécanisme de cause à effet.
| Depuis 1900, la vélocité pour M1 (c.-à-d. GNP/M1) est passée de 2 à 7. Depuis cette même date, la vélocité pour M2 (c.-à-d. GNP/M2) est toujours restée juste en dessous de 2. Ainsi, les statistiques vérifient les deux approches : stabilité et instabilité de la vélocité. |
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