PRECIS DE MACRO-ECONOMIE   © 1986, 1990 & 2002 John Petroff.  Traduction 2003 Sandrine Cortet.
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Chapitre 12:

POLITIQUE MONÉTAIRE

CRÉATION MONÉTAIRE - POLITIQUE MONÉTAIRE
Le but de ce chapitre est de décrire comment les banques créent la monnaie et comment cette création monétaire est contrôlée par la banque centrale, la Fed aux Etats-Unis. Nous étudierons les divers outils de politique monétaire. Nous verrons aussi les opérations de marché libre les plus courantes.

BANQUES
Les banques sont là pour recevoir les dépôts des particuliers et des entreprises, et pour prêter ces fonds. Les banques extraient leurs bénéfices de l'intérêt qu'elles prélèvent sur les emprunts (ainsi que les frais pour d'autres services). Les dépôts et retraits d'argent et les paiements par chèque ne modifient pas la masse monétaire, par contre les emprunts la font varier. Une partie des dépôts sont conservés en réserves.

Les banques sont des entreprises privées, au même titre que les constructeurs de voiture ou les boutiques de détail. Elles offrent un service : prêter en utilisant les dépôts qu'elles reçoivent. Pour ce service elles prennent un intérêt plus élevé que l'intérêt qu'elles ont à payer sur les dépôts à vue et placements qu'elles reçoivent des particuliers. La différence entre taux d'intérêt reçu et payé leur permet de faire des bénéfices et les maintiennent sur le marché.

ENCAISSEMENT DE CHEQUE
Quand un chèque est tiré pour effectuer un paiement, la masse monétaire ne change pas, mais sa composition, c'est à dire, la ventilation des différentes formes d'argent est modifiée. Un paiement par chèque entraîne un transfert de réserves d'une banque à une autre quand le chèque est accepté par la Fed.

Si je retire 100 Euros sur mon compte chèque, je mets 100 Euros de plus sous forme de billets en circulation. Mais, il y a 100 Euros de moins sur les comptes chèque bancaires. Ainsi la masse monétaire totale ne change pas. Cela vaut également pour un dépôt sur un compte chèque bancaire et pour un paiement par chèque à un autre individu.

CRÉATION MONÉTAIRE
De la monnaie est créée quand une banque fait un prêt. La banque accepte un billet à ordre de l'emprunteur (qui n'est pas de la monnaie) et donne à l'emprunteur la capacité d'effectuer des paiements avec son compte chèque à hauteur du montant de l'emprunt. Quand un prêt est rembours l'argent est annulé. En général, le volume des nouveaux prêts est supérieur au remboursements des prêts en cours, c'est comme cela que la masse monétaire est accrue. Cependant, une banque ne peut prêter qu'à hauteur de son excédant de réserves disponibles.

Si je prends un prêt de 10.000 Euros, et que je donne ces 10.000 Euros (en plus du versement initial) au vendeur d'une nouvelle voiture que je viens juste d'acheter, la transaction crée 10.000 Euros suplémentaires qui sont désormais entrés en circulation. La banque a accepté ma promesse de rembourser en échange du prêt. Ma promesse de rembourser n'est pas de l'argent, mais les 10.000 Euros, eux, en sont.

ANNULATION DE MONNAIE
Quand un prêt est remboursé la masse monétaire est diminuée parce que l'emprunteur doit se servir de ses dépôts à vue pour faire le remboursement. Cela retire un peu d'argent comptant ou dépôts à vue de la circulation.

Une idée fausse a pour origine l'expression commune "faire de l'argent" pour dire faire des bénéfices. Quand les banques font des bénéfices en prenant des intérêts sur leurs emprunts, cela n'a rien à voir avec une création monétaire. Bien au contraire : si on analyse soigneusement le phénomène, on s'aperçoit que l'intérêt prélevé par la banque doit être payé avec de la monnaie en circulation. Ainsi, le paiement de l'intérêt sur un emprunt annule de la monnaie plutôt qu'il n'en crée.

RÉSERVES OBLIGATOIRES
Les fonds d'une banque dans ses coffres-forts ou sur son compte à la Fed sont ses réserves. Une proportion de ces dépôts doit être conservée sous forme de réserves. Seul ce qui excède ces réserves peut être prêté. La partie des réserves qui doit être conservée par la banque est appelée réserves obligatoires (Les réserves ne font jamais partie de la masse monétaire.)

Le but initial des réserves obligatoires, à leur création, était de s'assurer que les banques aient en main les fonds suffisants pour que les déposants puissent retirer au minimum une partie de leur dépôt. Ce n'est plus tout à fait vrai parce que les réserves obligatoires ne doivent plus être gardées dans les coffres-forts de la banque. Ainsi, la vocation la plus courante des réserves obligatoires est maintenant de servir la politique monétaire.

RATIO DE RESERVES OBLIGATOIRES
La proportion entre les réserves obligatoires et les dépôts à vue est le ratio de réserves obligatoires. Il y a de très grands écarts entre les ratios selon le degré de permanence des dépôts vue. Les ratios varient de moins de 2% jusqu'à plus de 15%. Ils sont modifiés de temps en temps en fonction des impératifs économiques.

Le ratio de réserves obligatoires sur différents types de dépôts à vue dépend de la façon dont les fonds seront probablement retirés. Par exemple, le ratio de réserves obligatoires sur des dépôts à vue des comptes chèque est de 12%. Mais le ratio de réserves obligatoires sur des placements bancaires d'une durée supérieure à deux ans est seulement d'environ 3%.

MULTIPLICATEUR MONÉTAIRE
Quand le montant d'un emprunt sert à effectuer un paiement, les réserves excessives de la première banque sont transférées dans une seconde banque. Une partie de ces fonds doit demeurer comme réserves obligatoires, mais l'excédent qui reste peut être prêté. Les prêts successifs de ces excédents de réserves se cumulent et forment une création monétaire totale qui équivant à plusieurs fois l'emprunt initial. Ce multiplicateur monétaire est égal à l'inverse du ratio de réserves obligatoires.

Un dollar ou un euro de réserves excessives peut être prêté plusieurs fois par des banques successives : c'est le multiplicateur monétaire. S'il n'y avait pas de réserves obligatoires, les prêts successifs pourraient se multiplier l'infini. La création monétaire serait très importante. C'est le cas des prêts en Eurodollars. En effet, aucune réserve obligatoire n'est officiellement requise sur les comptes en Eurodollars. Cependant, la prudence dans les opérations bancaires en Eurodollars a maintenu leur multiplicateur monétaire au plus bas.

BONS DU TRESOR
Les banques ont une forte préférence pour les bons du trésor pour la sécurité (et pour la liquidité) qu'ils offrent comparé aux prêts privés. Des réserves excessives sont souvent gardées sous forme de bons du trésor. Quand une banque achète des bons du trésor à un particulier, la transaction équivaut à un prêt et augmente la masse monétaire. La Fed garde un inventaire des bons du trésor, et elle est responsable de leur émission et de leur rachat.

Les bons du trésor des Etats-Unis (ou T.B.'s pour court) sont considérés comme des placements très sûr. Beaucoup de particuliers ou d'autres entités aux États Unis et à l'étranger en ont. Ils sont aussi très liquides : faciles à convertir en argent comptant. Certains de ces T.B.'s sont rachetés ou renouvelés automatiquement (au choix du propriétaire) tous les 90 jours. Les banques affectionnent ce type de prêts au gouvernement sûrs et liquides.

OUTILS DE POLITIQUE MONÉTAIRE
Les outils de la politique monétaire sont ceux dont dispose la Fed pour contrôler les excédents de réserves des banques. Ce sont les opérations sur le marché libre, la modification des ratios de réserves obligatoires et les changements du taux d'escompte. La modulation des ratios des réserves obligatoires affecte directement les réserves mais est trop autoritaire et rarement utilisée. Le changement du taux d'escompte rend les emprunts par les banques auprès de la Fed plus ou moins difficiles, mais en temps normal le volume d'emprunt des banques est très faible.

Il est naturel de croire que le contrôle de l'impression physique des billets de banque est au cSur de la politique monétaire, mais ce n'est pas vraiment juste. Puisque le multiplicateur monétaire prouve que des banques ont la capacité de créer la majeure partie de l'argent, le contrôle des réserves que les banques peuvent prêter est le véritable centre de la politique monétaire.

OPÉRATIONS DE MARCHÉ LIBRE
Les opérations de marché libre sont les achats et les ventes de bons du trésor par la Fed. Ces opérations constituent le moyen le plus courant et le plus efficace de la politique monétaire parce qu'il est souple, subtile et effectif.

La Loi sur les Banques de 1935 a mis en place le Comité des Opérations de Marché Libre aux Etats-Unis. Il se compose des 7 gouverneurs du conseil supérieur de la Fed, ainsi que de plusieurs présidents de banques fédérales régionales de réserves. Il décide de la politique monétaire de la Fed. Cela souligne l'importance des opérations de marché libre en tant qu'outil de politique monétaire.

TAUX D'ESCOMPTE
Le taux d'escompte est l'intérêt qu'impute la Fed sur les emprunts des banques affiliées. Le montant de ces emprunts est très faible. Quand un changement du taux d'escompte se produit, il reflette bien souvent des changements conjoncturels plutôt qu'une action délibérée de politique monétaire. Cependant, un tel changement est significatif de la direction de la politique monétaire, et a un fort impact psychologique.

Aux Etats-Unis en automne de 1988, le taux d'escompte a été augmenté de 6% à 6,5%. Cette décision a suivi une période où les taux d'intérêt étaient en hausse avec une hausse modérée de l'inflation. Il n'est donc pas certain que le changement du taux d'escompte soit une action de politique monétaire mais simplement un réglage qui reflette les taux du marché en vigueur.

En 2001, la Fed a baissé le taux d'escompte sept fois de suite pour forcer les taux d'intérêt à baisser et encourager de nouveaux emprunts.

POLITIQUE DE L'ARGENT RARE
Une politique d'argent rare consiste à réduire les excédents de réserves des banques et, ainsi, leurs possibilités de création monétaire. On peut le faire en vendant des bons du trésor aux banques sur le marché libre. Les banques préfèrent alors investir une partie de leurs excédents de réserves dans des bons du trésor pour leur sécurité. La politique de l'argent rare peut également consister en l'augmentation des ratios de réserves obligatoires ou en l'augmentation du taux d'escompte.

En 1979, Paul Volker fut nommé Président de la Fed. La croissance monétaire était alors très rapide. En 1981, une panoplie d'outils de politique d'argent rare a été utilisée pour contrôler la croissance de l'expansion du crédit.

POLITIQUE DE L'ARGENT FACILE
Une politique d'argent facile a pour but d'augmenter les excédents de réserves des banques et de rendre ainsi la création monétaire par des banques plus probable. On peut faire cela en achetant des bons du trésor des banques (puisque les banques en ont toujours une bonne proportion). On peut aussi conduire une politique d'argent facile en baissant les ratios de réserves obligatoires ou le taux d'escompte.

En 1982, Paul Volker s'est plus orienté vers une politique d'argent facile afin de permettre une croissance de l'argent légèrement plus rapide (pour éviter un calage de l'investissement et de la croissance économique).

En 2001, la politique monétaire d'Alan Greenspan est un exemple flagrant de
politique de l'argent facile pour stimuler l'économie américaine.

OUTILS MINEURS DE POLITIQUE MONÉTAIRE
En plus des opérations de marché libre, de la modification des ratios de réserves obligatoires et du taux d'escompte, la Fed peut moduler la masse monétaire en changeant les couvertures obligatoires (la proportion des montants des transactions minimum sur les comptes chez des courtiers en valeurs mobilières), les conditions du crédit à la consommation telles que le payement initial ou la durée des emprunts pour l'achat de voitures. Une autre méthode, moins courante, consiste à persuader les banques d'adopter une conduite souhaitable; on parle alors de "persuasion morale".

Dans beaucoup de pays, la politique monétaire passe par le contact direct entre la banque centrale et la communauté bancaire (c.-à-d. par persuasion morale, comme on l'appelle aux Etats-Unis). C'est le cas par exemple du Canada où il n'y a que sept institutions bancaires. Un tel procédé n'est pas possible aux Etats-Unis en raison du grand nombre de banques privées.

Test de révision

Devoirs

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