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ANALYSE FINANCIERE | © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE, Sandrine Cortet, Claire Richardot Source: PEOI |
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B - Identification et ajustement des ventes
Normalement, un analyste étudie les produits des ventes sur un, deux ou trois ans. On considère que la période doit couvrir au moins un cycle entier. Naturellement, plus la période étudiée est longue, mieux cest. Lanalyse dune année de vente na de sens que si on peut la comparer aux chiffres des exercices précédents ou avec ceux de la concurrence.
La première source habituelle de distorsion des chiffres est due à linflation. Un indice du taux dinflation aide quelque peu. Des manuels expliquent comment ces indices sont élaborés et utilisés et quelles en sont les limites. En gros, soit on fait baisser les chiffres de lannée en cours en les divisant par lindice et la première année des données correspond à lannée de base, soit on augmente le chiffre des années présentes en les divisant par un indice et lannée en cours sert de base. Il faut bien vérifier que lindice utilisé convient au produit étudié, surtout sil ne sagit pas dun produit de consommation courante. Il arrive que des indices globaux causent plus de distorsions que des données non corrigées.
| Quand lhyper-inflation provoque des distorsions encore plus importantes quune inflation modérée, comme par exemple en Russie au début et au milieu des années 1990, lutilisation dun indice mensuel semble préférable parce que le volume des transactions et les prix de vente névoluent pas forcément de façon linéaire tout au long de lannée. Comme nous lavons dit plus haut, les indices servent à ajuster le montant des actifs et aucun indice officiel sur le taux dinflation mensuel na été publié par les autorités russes en 1995. On peut aussi convertir le produit des ventes en dollars, dont le cours est connu et a suivi linflation (sauf pendant la phase de stabilisation entre juillet 1995 et août 1998). |
| En Russie, à la fin des années 1990, on savait que la plupart des chiffres de ventes publiés nétaient pas fiables, ce qui sexplique par les impôts, la culture du secret de ladministration et le manque dimplication de toutes les personnes extérieures, y compris les investisseurs et les analystes. Comme nous lavons vu au chapitre 6, lévasion fiscale est rampante. La méthode la plus employée consiste à sous-évaluer les ventes, peut-être jusquà 50 % et plus. Cette sous-évaluation des ventes (et des bénéfices) a aussi pour objet de ne pas attirer l'attention des criminels, qui pourtant, la rendent plus facile grâce à la contrebande et à la contrefaçon. |
Voir les questions de révision de Q-9B.1 à Q-9B.4
1) - Identification des ventes :
Pour une société, la méthode « recettes-dépenses
» consiste à inscrire les ventes pour lesquelles elle a été réellement payée,
sans tenir compte des livraisons ou autres. La plupart utilisent une méthode de
régularisation comptable où lenregistrement des ventes nest pas déterminé par
les encaissements, mais par lidentification des ventes.
Lanalyste doit être convaincu que les ventes enregistrées reflètent la
réalité. Noublions pas limportance capitale des chiffres des ventes. On peut
utiliser des méthodes comptables ou tactiques pour augmenter ou
réduire le volume des ventes. Lun des facteurs clé cest la méthode de
lidentification des ventes.
On peut reconnaître quune vente a eu lieu quand :
- Le bon de commande est établi ;
- La facture est préparée,
- La marchandise quitte les locaux du vendeur ;
- La marchandise arrive chez lacheteur ;
- Lacheteur accuse réception de la marchandise et de la facture.
Notez que dans aucun des cas cités, le paiement nest un critère. Le paiement
peut intervenir avant que la commande soit acceptée, au moment où la
marchandise quitte les locaux du vendeur ou, le cas le plus fréquent, après la
livraison. Les conditions de ventes, telles quelles sont indiquées sur le bon
de commande ou sur la facture, sont le facteur déterminant. En général, le
transfert de propriété a lieu quand la responsabilité en cas de perte de la
marchandise passe du vendeur à lacheteur. Cest le cas quand on utilise le
terme « franco à bord » (F.O.B. Free on Board) en camion, en bateau ou dans les
locaux du vendeur. Ensuite, le fret, lassurance et la responsabilité en cas de
perte sont à la charge de lacheteur.
Mais les conditions de ventes ne sont pas toujours bien définies et les tribunaux les ont interprétées de façon quelque peu différente. Les principes généraux pour définir si une vente est parfaite et donc reconnaissable, cest que le vendeur a rempli toutes les démarches nécessaires pour que lacheteur prenne possession de la marchandise. Parfois, il suffit que les deux parties se mettent daccord sur le prix, la marchandise et la date de la transaction. Une poignée de mains et le tour est joué. Rien nest écrit, rien nest transféré physiquement. Cest ainsi quune simple poignée de mains entre les présidents de Texaco et de Penske a permis la vente de Pennzoil et que Texaco a dû à Penske six milliards de dollars de dommages et intérêts.
Il arrive que la vente ne soit pas reconnue, même après une livraison. Cest le cas par exemple dans les métiers de lédition aux Etats-Unis, où les livres sont virtuellement consignés dans la librairie qui a le droit de renvoyer tous les volumes en trop. A linverse, dans dautres secteurs, le paiement se fait davance et la vente est réalisée avant la livraison. Cest le cas de labonnement à un magazine. Le secteur des travaux publics constitue un autre cas spécial : dans la méthode du pourcentage d'achèvement, le coût de la vente est réparti sur lensemble de la durée de la construction au lieu dêtre concentré sur une seule année (comme avec la méthode du projet fini). Dans la banque, les revenus sont aussi reconnus quand un contrat de prêt est signé et non quand les intérêts sont réellement perçus avec les remboursements au cours des années ou des mois suivants.
Voir les questions de révision de Q-9B1.1 à Q-9B1.10
2) - Les effets dune stratégie de vente :
En pratique, les commerciaux dune société peuvent intervenir sur la date de la vente. Un vendeur pressé de toucher une commission peut rendre visite à un client, passer sa commande pour une livraison rapide le jour même. On peut imaginer quune société dont les ventes sont en baisse par rapport à lannée précédente peut améliorer rapidement ses résultats en se dépêchant de faire ses livraisons avant la fin de lannée. Il ny a rien dillégal ou de contraire à léthique à chercher à augmenter ses ventes. Laccélération des livraisons est loin dêtre la seule méthode. Il existe tout en ensemble dincitations pour encourager les clients à commander plus à la dernière minute, notamment des prix cassés, un plus grand choix, une promotion, une garantie plus longue et un droit de retour.
Ces stratégies sont plus souvent sources de problèmes et sont plus couramment employées que celles qui permettent de retarder les ventes. Mais ces dernières peuvent parfois être mises en oeuvre. Souvenez-vous : le fait quune courbe présente une tendance régulière à la hausse est aussi importante que son taux de croissance. Si les gestionnaires peuvent prévoir que la croissance sera moins importante lannée suivante, ils peuvent avoir intérêt à retarder la reconnaissance de certains revenus, de façon simple et légale en retardant la livraison des biens et en envoyant une facture à payer quelques semaines plus tard.
Voir les questions de révision de Q-9B2.1 à Q-9B2.3
3) - Rabais, remises, ristournes et retours de produits :
Il existe plusieurs incitations tarifaires qui agissent différemment sur les
ventes et doivent donc être distinguées.
- Rabais sur un prix ou une quantité : généralement
offert sur de grandes quantités ;
- Remise : offerte à des clients réguliers, ou sur
une marchandise de mauvaise qualité ou à des conditions qui profitent au vendeur
;
- Ristourne : remboursement peu après la vente pour
une promotion, publicité, marchandise défectueuse ou autre raison.
- Escompte : réduction du prix pour paiement rapide
ou anticipé.
Il faut se rappeler quoffrir à un client des conditions avantageuses ou des
délais de paiement sur un compte ouvert revient à lui proposer un prêt sans
intérêt et lincite à acheter plus.
Les revenus des ventes doivent être rapportés en chiffres bruts et nets, faisant apparaitre des déductions pour les rabais pour ventes en nombre et les remises accordées aux clients, ainsi que les retours d'articles. Les ristournes accordées aux clients n'apparaissent pas habituellement comme des ajustement des ventes brutes mais comme une partie des frais de vente. Les escomptes de caisse non plus ne réduisent pas habituellement les ventes brutes, mais font partie d'autres frais généraux. De même pour l'allocation pour créance irrécouvrable, qui est une réserve instituée pour les clients sur compte ouvert qui ne paient pas. Chacune de ces sommes peut alerter l'analyste sur des efforts excessifs faits par l'entreprise pour produire les ventes qu'elle rapporte. Comment l'analyste sait-il que les efforts sont excessifs? La seule façon de le savoir est de comparer les montants courants de l'année à ceux des années antérieures, et à ceux d'autres entreprises du même secteur. Que peut faire l'analyste quand il a reconnu que les efforts de vente étaient excessifs ? Probablement rien en ce qui concerne les chiffres rapportées. L'analyste ne peut pas remplacer la direction ou l'auditeur. Tant que l'opinion de l'auditeur extérieur n'est pas qualifiée, il n'y a rien d'autre à faire que d'accepter que les mesures prises font partie d'une stratégie de vente choisie par l'entreprise. Cependant, l'analyste tiendra certainement compte de ces éléments au moment d'évaluer le potentiel de vente de l'entreprise et de faire des projections.
Voir les questions de révision de Q-9B3.1 à Q-9B3.10
4) - Séparation par ligne de produits :
Comme nous lavons vu au chapitre 6 section D-3b il est souhaitable que lanalyse des ventes dune société (ainsi que tout autre travail analytique) soit réalisée pour chaque ligne de produits séparément, parce que les tendances, la croissance et les stratégies de vente évoluent dun marché à lautre. Comme on ne distingue pas les différents produits dans les données du bilan, un analyste ne peut que se limiter à une analyse des ventes, des bénéfices, des actifs, des nouvelles dépenses de capital et des nouveaux investissements pour les principaux segments dactivité des entreprises américaines. Cest déjà bien mieux que sil ny avait aucune différenciation, ce qui interdirait toute évaluation de lévolution des différents segments de lentreprise. Et cest beaucoup mieux que les anciennes normes des rapports annuels avant létablissement des nouvelles normes de rapport financiers n° 131 (entré en vigueur en 1998). Aux Etats-Unis, le SEC oblige les entreprises enregistrées à fournir leurs données sur les lignes de produits sur la ligne 10-K, mais ce nest pas tellement plus que ce qui apparaît dans les rapports annuels.
Pour les grands groupes, lanalyse des ventes par produit est difficile à réaliser et parfois même impossible. Cest le cas, par exemple, pour Sara Lee, un conglomérat américain spécialisé dans l'agroalimentaire, les produits ménagers, les vêtements et accessoires qui, selon un article de Brandon Copple, « [..] a tellement de marques différentes (150 selon les dernières données) que personne ne peut déterminer ce qu'elle représente comme entreprise ». Pour des conglomérats encore plus grands, tels que Proctor & Gamble et Unilever, même les principales lignes de produits ne représentent quun petit pourcentage des ventes totales. Et pouratnt, ces trois entreprises ne vendent que des produits de consommation courante. Il y a de nombreux groupes qui associent production, services bancaires et vente de biens de consommation. Il est alors bien difficile de définir une vision marketing pour de telles entreprises.
Voir les questions de révision de Q-9B4.1 à Q-9B4.6
5) - Analyse mensuelle des ventes :
Il existe peu de marchés où la demande est identique tout au long de lannée. Beaucoup de secteurs font la moitié ou plus de leur chiffre daffaires en quelques mois seulement : cest le cas du secteur des jouets, des cadeaux, du tourisme et des loisirs. Pour la plupart des société, les analystes auraient bien plus dinformations si les ventes étaient consignées par mois parce que lactivité au cours dune brève période de lannée peut ou non se reproduire par la suite. Ces informations apparaissent rarement dans les rapports annuels ou les informations publiques et même quand un rapport intermédiaire est diffusé, il nest jamais lobjet dun audit. Mais cela ne semble pas être un problème comme on le verra plus bas avec lanalyse des ventes.
| Sur ce point, les analystes russes sont avantagés par rapport à leurs homologues occidentaux puisque ladministration fiscale exige des rapports trimestriels certifiés qui sont donc disponibles, et les analystes nont plus quà les demander. |
Voir les questions de révision de Q-9B5.1 à Q-9B5.4
Voir les travaux de recherche de R-9B.1 à R-9B.4
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