ANALYSE FINANCIERE  © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE Source: PEOI
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Chapitre 4 F- Actionnaires et investisseurs externes

F - Actionnaires et investisseurs externes

Les actionnaires actuels et les acheteurs potentiels d’actions sont ceux pour lesquels les états financiers sont principalement réalisés, de même que les opinions des auditeurs et les autres textes décrivant la position financière de l'entreprise. De plus les actionnaires peuvent se rendre aux assemblées générales et extraordinaires, voter aux élections des membres du conseil d’administration et ont accès aux données comptables de la compagnie. Comme on l’a décrit dans la section 1D-1 du chapitre 1 , pour les sociétés cotées des informations plus détaillées sont disponibles dans les agences gouvernementales telles que la Securities Exchange Commission aux Etats-Unis et beaucoup d’informations sont publiées dans la presse financière.

Proportionnellement très peu d’actionnaires se préoccupent de lire toute l’information disponible pour évaluer les sociétés dont ils détiennent les actions. Une exception est celle des actionnaires qui possèdent un intérêt de contrôle dans une société donnée (ce que l’on étudiera dans la section suivante). Néanmoins une analyse des informations affectant la société est nécessaire. Elle doit être à la fois substantielle et rapide sachant la rapidité des changements de prix qui peuvent avoir lieu quand des annonces officielles sont faites, comme par exemple une chute des bénéfices, l’introduction d’un nouveau produit ou une offre d’achat. Le marché réagit en moins d’une heure, quelques fois en quelques minutes. Comme on l’a vu dans la section 1b du chapitre 1 sur la base des faits présentés dans le cas de Ball and Brown, des ajustements de prix ont lieu même avant l’annonce officielle. Cette réponse rapide est la preuve que les marchés financiers sont efficients dans le sens qu’ils reflètent toute nouvelle information rendue publique. Certains réalisent l’analyse financière et d’autres l’utilisent rapidement dans leurs décisions .

Les analystes ne se contentent pas d’attendre qu’une information nouvelle concernant une société apparaisse. En fait, des transactions ont lieu même sur des sociétés pour lesquelles aucune information nouvelle n'a été publiée, ce qui apparaît contraire à la formalisation du prix des actions basée sur les politiques de dividende et les taux de returns exigés étudiée dans la section 3d du chapitre 3 . Pour comprendre pourquoi cela se produit, regardons les différentes stratégies possibles pratiquées par ceux qui investissent en actions. On peut distinguer trois approches générales du marché :
- l'analyse technique,
- le rééquilibrage de portefeuille,
- la sélection de titres mal évalués.

Voir les questions de révision de Q-4f.1 à Q-4f.3

1) - Trading actif basé sur l'analyse technique

Pour ceux qui utilisent l’analyse technique, le trading sur actions est basé sur les récentes tendances des prix et d’autres informations qui signalent qu’une action montera ou baissera de façon significative dans un court délais. Le nom donné à cette approche vient du fait qu il faut utiliser différentes techniques pour tenter d’anticiper des changements de cours. Certaines de ces techniques sont décrites dans la section 5J du chapitre 5 . Ce qui est important pour les chartistes, comme ils sont appelés car plusieurs de ces techniques utilisent des graphiques ou charts en anglais, c’est de prévoir de façon correcte les changements d’offre et de demande pour une action donnée ou pour le marché dans son ensemble. L’analyse financière est à l’opposé de cette approche qui considère comme une perte de temps le fait d’étudier une société. De fait un changement significatif dans la tendance d’un cours ne vient pas de rien. Il doit être initié par quelqu’un qui utilise une information nouvelle pour avancer un prix très différent de la tendance présente du marché.

Voir les questions de Q-4f1.1 à Q-4f1.4

Voir le travail de recherche R-4.19

2) - Le rééquilibrage de portefeuille

Le plus gros des actions est détenu par des investisseurs institutionnels ou des investisseurs privés qui possèdent des portefeuilles diversifiés. Le trading peut se produire occasionnellement et aussi souvent que nécessaire afin de maintenir le taux de return du portefeuille correspondant à l’aversion ou la tolérance au risque de l’investisseur. Quand une nouvelle information indique que le return d’une action a diminué ou que sa volatilité a augmenté, la décision de vendre cette action et de la remplacer par une autre plus en conformité avec les caractéristiques du portefeuille est prise. Certaines transactions sont liées à des raisons personnelles : achat d’actions additionnelles en raison d’une hausse de l’épargne, ou au contraire vente pour obtenir des liquidités ; ces transactions ont un faible impact, encore que le cycle épargne – désépargne peut avoir un impact sur la tendance du marché.

La Modern Portfolio Theory (présentée dans la section E du chapitre 2 estime que détenir un portefeuille de 15 à 20 titres est la plupart du temps suffisant pour que le taux de return du portefeuille soit égal au return moyen du marché et un rapport return-risque désiré peut être atteint, soit en empruntant ( pour augmenter le return tout en prenant un risque financier additionnel), soit au contraire en plaçant une partie de l’actif sur des instruments sûrs tels que des émissions d’état ( pour réduire le risque tout en acceptant un return inférieur). Beaucoup de gestionnaires de fonds communs de placement qui sont tenus de suivre une politique d’investissement conservatrice et qui ont eu une moins bonne performance que le marché critiquent cette théorie car elle les fait apparaitre comme de mauvais gestionnaires. Ces gestionnaires de fonds communs de placement savent aussi que des méthodes pour augmenter le return tout en diminuant le risque sont possibles de nos jours sous la forme d’achat d’actions de petites sociétés ( qui ont de meilleures performances que les actions des grandes sociétés) ou en utilisant les dérivés ( tels qu’options et futures) mais ils n'ont pas le droit d’utiliser ces méthodes en raison des risques additionnels et des mandats très prudents des fonds communs de placement.

De fait le marché pris dans son ensemble se comporte comme la Modern Portfolio Theory le suggère. Mais les rééquilibrages se produisent après les faits, c’est-à-dire après ques les cours ont varié et affecté l’arbitrage risque-return et non avant. Les investisseurs de ce groupe peuvent utiliser les rendements en dividende ou, le plus souvent, les Price Earnings Ratio pour comparer les sociétés. Les investisseurs institutionnels ont naturellement d’importants départements d’analyse qui suivent ( de la façon décrite dans la section suivante) les changements majeurs affectant les entreprises, tels que d’importantes hausses de dividende, des divisions d’actions ou l’introduction de nouveaux produits, et qui passent l’information aux gérants de compte. Mais la stratégie est bien celle du portefeuille dans son ensemble et non des analyses financières complète de chaque action de ce portefeuille.

Voir les questions de Q-4f2.1 à Q-4f2.4

Voir le travail de recherche R-4.20

3) - Titres mal évalués

La troisième approche consiste à identifier les actions des sociétés qui se vendent à un prix différent de ce que les ventes, les performances bénéficiaires et les attentes peuvent laisser espérer . Le fondement de cette approche est que le prix d’une action reflète le consensus de tous ceux qui participent au marché. Parmi eux, peu prennent le temps de rassembler toutes les informations concernant une société et de projeter correctement dans le futur les conséquences de la stratégie indiquée par le management à la lumière de circonstances identiques ayant pu être observées . L’hypothèse qui sous tend cette approche est que la valeur d’une action n’est pas déterminée de façon correcte par le marché car, si les investisseurs ont tous accès à l’information publique disponible, peu traitent l’information la plus récente de façon correcte. Cela est comparable aux obligations mal évaluées ou en situation de redressement. Identifier les petites compagnies à croissance rapide ou à redressement potentiel rapide est ce dont rêvent tous les investisseurs. Mais cette approche n’est pas appliquée qu’aux sociétés en difficulté. Au contraire, la plus grande part de l’analyse fondamentale se porte sur les grandes sociétés réputées, pour la simple raison que c’est sur elles que se font l’essentiel des transactions.

On pourrait penser que cette approche postule que les marchés ne sont pas efficients ( c'est-à-dire que les cours peuvent être mauvais par rapport à la valeur de la société ), mais tel n’est pas le cas. C’est l’information nouvelle non couverte par un analyste qui n’est pas reflétée dans le prix. Cette information nouvelle sera finalement intégrée dans le prix quand un nombre suffisant de preneurs de décisions interpréteront cette information de façon correcte. ( Et ceux qui l’interprètent mal absorberont les pertes ou même sortiront du marché ).

Comme discuté dans la section B du chapitre 1 pour une société donnée il n’y a pas de cours qui ne puisse être évalué correctement par quiconque. La formation des cours est un processus continu et dynamique démarrant à partir d’un niveau donné de consensus ( à savoir le dernier cours coté sur le marché) et déterminant si les nombreuses informations nouvelles concernant la stratégie d’une société et les conditions de marché amènent à baisser ou augmenter les perspectives de performance de l’action. Ces éléments sont en eux-mêmes difficiles à quantifier car ils dépendent toujours du futur et peuvent affecter la société de façon très différente. Comme on le verra aux chapitres 8 à 15. Un nouveau produit, l’entrée sur une nouvelle aire géographique, une amélioration de la production, un changement de législation affectant le secteur, le recrutement d’un nouvel expert, sont tous des exemples qui peuvent être traduits en une modification des performances financières. Aucune société ne peut donner des prévisions exactes quant aux conséquences de ces évènements. Un analyste financier doit le faire. Les conséquences de ces nouveaux événements ne vont pas toutes dans le même sens. Prenons l’introduction d’un nouveau produit qui augmente les ventes ; elle augmente aussi les risques et elle prend des ressources aux autres activités. La plupart des analystes considéreront l’introduction d’un nouveau produit comme ayant des conséquences positives mais certains penseront le contraire.

Les sociétés de courtage, les banques d’investissement, les grands fonds de placement, les banques commerciales et les autres intermédiaires financiers ont des équipes d’analystes financiers bien rémunérés qui se spécialisent par secteur d’activité ou même parfois par société. Cela représente l’analyse fondamentale à son plus haut niveau. Pour sélectionner les actions, un analyste commence généralement ( dans une approche de type top-down) du plus général, tel que les tendances à long terme et l’état actuel de la conjoncture économique, puis voit comment ces agrégats affectent le secteur, puis étudie les compagnies dans ce secteur et enfin se concentre sur les décisions spécifiques d’une société quant aux opportunités de marché face à la concurrence. Une fois qu'une société a été choisie, un analyste pratiquera une approche bottom up en analysant tous les événements qui pourront l’affecter. Les sociétés savent combien l’opinion de ces analystes est importante pour la formation du prix de leurs actions et elles donnent souvent la primeure à ces analystes pour les informations nouvelles. Ces analystes envoient ensuite des études aux chargés de compte de leurs institutions les informant des conséquences des événements imminents. Les chargés de compte tirent leur propres conclusions de ces divers rapports et des tendances à venir des cours. De tels renseignements peuvent être profitables pour les clients de ces chargés de compte dans l'achat ou la vente d'actions. Des transactions se produiront jusqu’à ce qu’un nouveau consensus se forme quant au cours d’une action sur le marché.

Les chapitres 8 à 15 présentent une approche complète de ce que doit examiner un analyste. L'ordre de ces chapitres correspond plutot à une approche bottom up. Ce n’est pas nécessairement l’approche recommandée. Simplement le plan suit ce que la plupart des analystes étudient en premier jusquà ce qu'ils étudient le moins : du présent immédiat au futur le plus éloigné. Cet ordre conviendrait pour un analyste connaissant déjà bien l'entreprise et qui veut mettre à jour ses recommandations. Pour trouver des sociétés qui peuvent être mal évaluées, l’approche top down est cependant plus fréquente au départ.

Les investisseurs qui possèdent des informations privilégiées sont appelés initiés. .Ce sont les dirigeants, les grands actionnaires, les commissaires au compte ou les courtiers de cette société. Aux Etats-Unis, la SEC exige des initiés qu’ils rendent publiques leurs transactions sur les actions de leur société. Cette information est régulièrement publiée dans la presse financière et est lue avec soin. ( Comme on l’a vu dans la section D-1 de chapitre 1) .

Voir les questions de révision de Q-4F3.1 à Q-4F3.11

Voir le travail de recherche R-4.21 et R-4.22

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