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ANALYSE FINANCIERE | © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE, Lydie Laforet Source: PEOI |
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4) - Explication des cycles économiques
Trouver une cause aux cycles économiques a été l'objet du travail des plus grands économistes, et à l'origine de théories économiques majeures durant la première moitié du 20ème siècle. (Depuis, l'intérêt des économistes pour ce sujet semble avoir été en diminuant). Nous nous limiterons ici à présenter les théories les plus communément discutées. Nous commençerons par la plus ancienne mais aussi la plus simpliste explication du phénomène.
a) Le déséquilibre des prix : Puisque les prix tendent à être élevés au sommet, et bas au creux du cycle, le cycle économique a d'abord été considéré comme un processus normal d'ajustement des prix vers l'équilibre. Un équilibre est difficilement atteint instantanément. Cela peut prendre plusieurs ajustements d'augmentation et de réduction de la quantité offerte pour y parvenir. Pendant ce temps, les conditions de la demande ont changé puisque le prix d'équilibre lui-même a été modifié, ce qui exige une nouvelle dynamique du processus d'ajustement.
b) Les facteurs exogènes: Des événements
étrangers à l'économie
peuvent être à la source d'une augmentation des chiffres
d'affaires :
- innovations
- découvertes de nouveaux gisements
- réduction des entraves au commerce international
- dépenses militaires accrues
- rendements agricoles exceptionnels
ou au contraire, entraîner une diminution des revenus :
- catastrophes naturelles
- réductions des dépenses publiques
- restriction des échanges et du commerce
- rendements agricoles faibles
Nous avons déjà mentionné certains de ces facteurs, comme
pouvant affecter un secteur d'activité. Les théories des cycles
économiques reconnaissent que ces facteurs sont également
capables d'entretenir la dynamique des fluctuations
économiques, mais seulement quand plusieurs apparaissent
simultanément.
c) La sous-consommation : Cette théorie s'intéresse en particulier à la différence entre les salaires du travail et les revenus des entrepreneurs. Le groupe des salariés consacre plus de revenu à la consommation que celui des entrepreneurs. Si une plus grande proportion des revenus est affectée aux bénéfices, le niveau global de la consommation s'abaisse. Ceci entraîne une récession. Ventes et bénéfices fondent comme neige au soleil. Proportionnellement au total des revenus, la part des salaires augmente. Les salariés consomment ce qui pousse l'économie vers la croissance de nouveau.
d) Le surinvestissement : Quand les taux d'intérêt sont bas, de nombreux projets sont lancés, car ils apparaissent rentables : cela engendre une croissance économique. Quand les taux d'intérêt augmentent du fait de l'inflation et de prêts excessifs, les projets sont de moins en moins rentables, et un certain nombre sont abandonnés : la récession commence. Quand les taux d'intérêt chutent, les investissements sont de nouveau rentables, et l'économie re-décolle.
e) Les innovations : Des inventions apparaissent sans arrêt, mais leurs applications industrielles ou commerciales, c.-à-d. les innovations, sont plus sporadiques. Les innovations sont mises en oeuvre quand les conditions économiques sont favorables, c'est à dire que les ventes sont importantes. A ce moment, investissements et créations d'entreprises apparaissent rentables, et une phase d'expansion en résulte. Les nouveaux outils de production sont plus efficaces que par le passé, ce qui pousse les entreprises obsolètes vers la faillite, et entraîne l'économie vers la récession. Les maigres perspectives de vente freinent toutes innovations jusqu'à la reprise.
f) Les explications psychologiques : Le surinvestissement des entreprises trouve sa cause dans un optimisme exagéré lorsque les conditions économiques semblent prometteuses. Par conséquent, de nombreux produits similaires sont lancés sur le marché. Cet optimisme exagéré est donc à la source de la surchauffe de l'économie, puis de la récession qui suit et qui entraîne des fermetures d'usines importantes, du fait de capacités de production excessives. Ce même optimisme résulte à la fois d'un manque d'informations sur les projets des concurrents que du désir de trop de personnes de se fier, au même moment, à des signes encourageants. Le pessimisme prend place quand les projets superflus sont abandonnés et que la récession s'installe.
g) L'épargne forcée : En période d'expansion économique, ce sont les biens durables qui,en premier lieu, font l'objet de surinvestissement, puisque ce sont eux qui sont à la base de la production des biens de consommation. Ceci entraîne une pénurie de biens de consommation, et donc de l'inflation. Inflation qui se traduit par de l'épargne forcée sous la forme de profits d'entreprises non distribués, et cause un ralentissement de la consommation et, par là même, une contraction de l'économie. La consommation ne reprend que quand l'inflation est maîtrisée, que la production de biens durables ralentit, et que les producteurs de biens de consommation dégagent de nouveau des revenus substantiels.
h) L'accélérateur : Une fluctuation relativement petite dans le secteur des biens de consommation peut affecter celui des biens durables (nécessaires à la production des biens de consommations) proportionnellement beaucoup plus fortement. Ainsi, le secteur des biens durables est très instable et entraîne le reste de l'économie dans des fluctuations économiques. Il existe également une version de l'accélérateur à partir du niveau des stocks, qui est tout aussi populaire.
i) Le multiplicateur d'investissement : Une faible variation dans l'investissement des entreprises ou dans les dépenses du gouvernement entraîne une variation démultipliée de la production et du revenu agrégé. Cela vient du fait que la propension marginale à consommer est inférieure à un. Lorsqu'une économie est en phase de croissance, le niveau d'investissement et celui des dépenses publiques nécessaires à l'équilibre change. On assiste donc à des fluctuations tant que le niveau courant d'investissement et des dépenses n'est pas parfaitement égal au niveau requis.
j) Les prêts excessifs des banques : Quand leurs réserves sont abondantes, les banques sont enclines à prêter. Les crédits qu'elles accordent permettent de faire décoller les ventes et ainsi de réduire les stocks. Quand leurs réserves sont épuisées, les banques cessent de prêter, ce qui entraîne une récession.
k) Mauvaises politiques de la banque centrale: Pour soutenir les politiques fiscales de relance de l'économie, on favorise une rapide croissance de la masse monétaire. Mais cette croissance de la masse monétaire finit par entraîner de l'inflation, que la banque centrale va s'efforcer de combattre en limitant la création de monnaie. Les banques voient alors leurs réserves diminuer, les prêts sont plus difficiles à obtenir, et l'économie tombe en récession. L'alternance de politiques monétaires inflationnistes puis de lutte contre l'inflation, est à l'origine des cycles économiques, ou du moins les amplifie.
Si la liste ci-dessus ne devait pas suffire, il existe de nombreuses autres théories. Il y a celles qui se focalisent sur la productivité du travail et sur l'unité de coût de la main d'oeuvre. D'autres s'intéressent exclusivement à la propagation internationale des cycles économiques à partir du commerce international et des fluctuations des taux de change. Il existe même des théories basées sur le rôle des syndicats. Et naturellement, il y a une version marxiste des cycles économiques.
Notre objectif n'est pas ici de porter un jugement sur ces théories. Mais il faut bien reconnaître que les contributions des Keynésiens et celles des monétaristes pour améliorer les politiques monétaires et fiscales surpassent les autres théories. Le fait qu'il y ait tant d'explications logiques des cycles économiques, nous fait prendre conscience qu'il s'agit d'un processus complexe, et qu'il faut s'intéresser à de nombreux facteurs pour éviter de commettre des erreurs dans l'analyse de l'état actuel ou futur de l'économie. On peut en tirer une deuxième conclusion : les forces en présence sont très nombreuses et on peut très facilement se tromper en croyant que les choses vont demeurer telles quelles sont. Comme nous l'avons mentionné plus haut, dans les années 60, les économistes ont cru que les cycles économiques avaient disparu. A l'inverse, dans les années 30, les Américains ne voyaient plus de fin à la dépression. Il est tout aussi dangereux de se laisser leurrer par la prospérité prolongée à laquelle on assiste depuis le début du 21ème siècle aux Etats-Unis.
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