ANALYSE FINANCIERE  © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE, Maritna Traore Source: PEOI
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Chapitre 13

Chapitre 13:

Revenus

 

 

Le but du commerce est de faire du profit. Les actionaires prennent des risques en investissant dans des projets commerciaux, et s'attendent, en retour, à ce que leur richesse augmente proportionnellement au risque pris. De nos jours, la responsabilité sociale des entreprises (création d'emploi et de richesse par exemple) atténue légèrement l'unique objectif de recherche de bénéfice. Mais, sans promesse de profits et de retour proportionnés sur investissements, aucune entreprise ne serait créée. Ainsi, l'un des principes fondamentaux de la théorie financière actuelle est que le rendement attendu des titres dépend du niveau de risque pris.Dans toutes les méthodes d'évaluation développées dans la première partie du manuel, la notion de gains est évidemment prédominante dans l'analyse économique. L'analyste se focalisera donc sur des notions telles que le taux de retour sur investissement, le taux de croissance des gains ou encore la capacité d'autofinancement et de remboursement des dettes. L'importance des gains ou du résultat est donc indéniable dans l'analyse économique. Parfois c'est le seul et unique indicateur sur lequel se focaliser. Cependant, ce chapitre montrera qu'il y a beaucoup plus à voir au delà du résultat. Ainsi par exemple, s'il n'y avait que le résultat à prendre en compte, les sociétés "d'internet" qui affichaient des pertes au début du siècle n'auraient pas dû recevoir l'attention qu'elles ont eue de la part des investisseurs. De même, il est inutile de juger sans valeur les actions d'une entreprise de production en perte dans un contexte de récession économique globale. .

La raison de cette disparité apparente vient du fait qu'il existe plusieurs définitions et modes de calcul de la profitabilité. Ainsi le concept économique fait une analyse du profit sur le long terme et peut même aller jusqu'à considérer la vie entière de l'entreprise comme période de référence. Le concept comptable, lui, ne mesure le profit (ou excès de revenu par rapport aux dépenses) que pour une période de 12 mois (et même parfois moins dans le cas d'analyses trimestrielles). Une manière de réconcilier les deux analyses serait de considérer une même période de référence qui pourrait être, concrètement, plusieurs années ou un cycle de vie complet d'un produit ou d'une affaire. Cela permettrait d'effacer des différences dues à des variations temporaires et surtout de donner un profit moyen avec une tendance qui à son tour pourra être utilisée pour extrapoler ce que devrait être le profit de l'année à venir. Cette tendance du profit moyen prévisionnel est ce que Graham et Dodd appellent "earnings power" ou productivité financière et ce sera le concept que nous allons adopter dans ce manuel et que nous vous recommendons en priorité même s'il existe d'autres concepts aussi sophistiqués.

Toutefois, l'exemple des pertes supportées par les sociétés "d'internet" est encore un challenge pour notre concept. Comment peut-on voir une productivité fiancière dans une siciété qui n'a reporté que des pertes depuis ses débuts ? Naturellement, la réponse vient du fait que le niveau de la demande des consommateurs attendue par les sociétés justifie l'attente d'une croissance rapide des ventes qui finalement dégagera des profits comptables. Ainsi, comme nous le verrons dans le Chapitre 14, tous les secteurs en croissance basent leur analyse sur l'attente d'une demande forte.De même, toutes les sociétés rencontrent des difficultés à certaines périodes de leur vie mais cela ne signifie pas forcément qu'elle ne vont pas se rétablir. Aussi il n'y a pas qu'une seule norme, qu'un seul mode de calcul de profitabilité pour toutes les sociétés ou secteurs sur un temps donné. De plus, il ne faut pas juger les sociétés sur leur valeur et succès passés mais sur les prévisions pour les temps à venir.

Donner beaucoup d'importance au taux de profitabilité peut être un piège dans la mesure où de nombreux types de dépenses différentes entrent dans le calcul du profit, d'où la possibilité d'arriver à des taux différents selon l'intégration faite ou pas de certains indicateurs dans le calcul (voir la section plus bas sur les distorsions dans le compte de résultat). Le travail de l'analyste financier est d'atteindre une compréhension globale de la stratégie mise en place par le management pour relancer les gains dans le futur, puis de confronter cette stratégie aux tendances du marché. La stratégie doit découler principalement du compte de résultat et du bilan mais aussi des différentes données chiffrés présentes. La dernière section du chapître offre des methodes de prévision des gains. Toutefois, la compréhension des raisons profondes des prévisions et la formulation d'hypothèses raisonnables et non conflictuelles sont plus importantes que les chiffres prévisionnels eux-mêmes. Aussi le travail d'analyse est compliqué et complexe. Une analyse incomplète peut être trompeuse et même plus perilleuse que l'absence totale d'analyse.

Ainsi, nous discuterons dans ce chapitre de différents raccourcis et simplifications usuelles pour établir des prévisions. Les sujets suivants seront couverts dans ce chapitre.


A - Distorsions dans le compte de résultat
B - Mesure des gains et revenus
C - Compréhension des stratégies de management affectant la productivité financière
D - Résultats chiffrés concernant les différences entre sociétés et secteurs
E - Prévisions sur les gains futurs

Ainsi, les profits sont-ils importants, non seulement parce qu'ils augmentent la richesse du propriétaire, mais aussi parce qu'ils signalent une solvabilité à long terme, la capacité de la direction à prendre les décisions qui sauront saisir les opportunités de ventes tout en contrôlant les coûts, et un potentiel de gains futurs. N'est-il pas presque magique qu'un seul chiffre contienne tant d'informations ?

Voir les questions de révision de Q-13.1 à Q-13.5.

Voir le travail de recherche R-13.1.

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