ANALYSE FINANCIERE  © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE Source: PEOI
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Chapitre 10 C- Chiffre d'affaires

C- Chiffre d'affaires et efficacité

Trois types de questions se posent en ce qui concerne les immobilisations : celles se rapportant au chiffre d’affaires, au taux de return et à la taille relative. Chaque question peut révéler des problèmes. Mais étant donné les distorsions inévitables dans les chiffres comptables, comme on l’a vu précédemment, les deux premières questions ne sont pas très significatives. Une quatrième approche est basée sur les dépenses du compte d’exploitation pour évaluer l'attention que le management apporte aux immobilisations .

1) - L'efficacité:

Pour vérifier que l’entreprise n’utilise pas trop d’immobilisations dans la conduite de ses affaires, on calcule un ratio des actifs fixes par rapport au chiffre d’affaire ( FAT : fixed asset turnover ratio )

FAT = Ventes / Immobilisations

Ce ratio est étudié en évolution sur plusieurs années et en comparaison avec d’autres entreprises du secteur. De même, le ratio actif total par rapport au chiffre d’affaires (TAT :Total assets turnover ratio) doit confirmer l’efficacitée décelée avec le ratio FAT ; si ce n’est pas le cas il faut s’interroger sur la taille des immobilisations incorporelles et le niveau des actifs courant.

TAT = ventes / total de l'actif

Un ratio faible comparé aux années précédentes et aux autres firmes du secteur peut être un indicateur d’inefficacité ( c’est à dire que l’entreprise possède des immobilisations qui ne sont pas utilisées). Un ratio élevé par rapport au secteur et aux années précédentes peut indiquer une utilisation trop intensive des immobilisations qui peut conduire à une rupture.

Calculons le TAT de Timken pour 1999. D’après le Tableau T-6.2 bilan de la société Timken pour l’exercice 1998-99, on voit que le total des actifs en 1999 était de $ 2,441. millions, et d’après le Tableau T-6.1 , compte d’exploitation de Timken pour l’exercice 1998-99, les ventes pour 1999 ont été de $ 2,495 millions. Le TAT est donc :

TAT = 2.485 / 2.441,3 = 1,02

C’est ce qu'on peut vérifier sur la feuille des ratios dans le Tableau T-5.16, Les ratios de cette société montrent aussi que le TAT a légérement diminué depuis 1988 où il était de 1.09. Si on compare ces ratios à ceux du secteur on voit que le TAT de Timken est un peu plus faible que le quartile du bas pour les secteurs auxquels Timken appartient : 1.1 pour la métallurgie et 1.3 pour les composants de moteurs comparé à 1.02 pour Timken. Cela signifie que 75% des entreprises similaires générent plus de ventes par dollar d’actif que ne le fait Timken .

Calculons maintenant le ratio des immobilisations aux ventes ou FAT ( Fixed Assets Turnover) pour 1999. Du Tableau T-6.2 , bilan de Timken pour 1988-99, on déduit que les immobilisations en 1999 ont été de $ 1,381.5 millions et comme précédemment du Tableau T-6.1 compte d’exploitation de Timken pour 1998-99, que les ventes pour 1999 ont été de $ 2,495 millions. Le FAT est donc :

FAT = 2.485 / 1.381,5 = 1,81

C’est ce qu'on peut vérifier sur la feuille des ratios dans le Tableau T-5.16, qui montre que ce ratio a baissé depuis le chiffre de 1998 qui était de 1.99. Le ratio FAT de Timken est aussi plus faible que le quartile inférieur des secteurs comparables soit 2 pour la métallurgie et 3.1 pour les composants de moteurs comparé à 1.81 pour Timken. Ce ratio confirme que Timken possède trop d’actifs pour son volume de ventes et que cet excès réside dans les immobilisations.

Voir les questions de révision de Q-10C1.1 à Q-10C1.5

2) - Le retour sur actif ( ROA return on Assets ) :

Le retour sur actif sera particulièrement analysé dans le chapitre 13 pour son impact sur la profitabilité. Ici il est analysé pour savoir si les immobilisations sont adéquates. Le retour sur actif peut être calculé pour seulement les immobilisations ROFA (return on fixed assets) ou pour le total des actifs ROTA:

ROFA = Bénéfice net après impôts / Immobilisations

ROTA = Bénéfice net après impôts / Total de l’actif

Le retour sur actif donne plus d’informations que le TAT car il incorpore les dépenses. Une firme qui a plus de dépenses et donc un retour sur actifs plus faible peut être généralement considérée comme moins productive. Mais une telle conclusion peut être erronée dans certaines circonstances comme on peut le voir ci-dessous .

Prenons Delta Air Lines comme exemple pour le calcul de ces ratios. Pour calculer le retour sur actifs nous prenons le bénéfice net après impôts de 1999 soit $ 1.101 millions du Tableau T-6.11 Compte d’exploitation de Delta Air Lines et l’actif total de 1999 soit $ 16,544 millions du Tableau T-6.12 de Delta Air Lines. Ceci permet de calculer le ROFA :de

ROFA = 1.101 / 16.544 = 0,07 ou 7%

Ce qui peut être vérifié dans la feuille des ratios de Delta Air Lines au Tableau T-5.21 On voit, d’après la feuille des ratios, que le ROFA est exactement le même en 1999 et 1998. Pour juger de la performance de Delta on peut comparer le ROFA à ceux des autres compagnies aériennes. AMR (American Airlines) a un bénéfice net de $ 1,314 millions en 1998 avec un actif total de $ 22,303 millions soit un ROFA de 0.06. Le ROFA de UAL est également de 0.06 ( 1,325/ 20,963) en 1988. US Airways a un ROFA de 0.07 ( 538/ 7,870. Si on regarde les compagnies étrangères, le ROFA de KLM est de 0.03 ( 207/ 6300) et de même pour Air Canada ( 152 / 6,422). Cela indique que Delta surperforme légérement ses concurrents nationaux et fait beaucoup mieux que ses concurrents étrangers.

Pour une image plus complète il faut comparer le ROFA de Delta à ceux du secteur dans son ensemble. Pour cela on doit utiliser le RMA qui prend en compte les bénéfices avant impôts au lieu des bénéfices après impôts. Le bénéfice avant impôts de Delta était de $ 1, 826 en 1999 comme on peut le voir au Tableau T-6.11 Cela donne un ratio des bénéfices avant impôts sur total des actifs de :

PBT/TA = 1,826 / 16,544 = 0.11 ou 11%

Le RMA médian pour le secteur du transport aérien est de seulement 2.5% et le premier quartile est de 9.2% . Ceci montre que 1999 a été une très bonne année pour Delta. Mais il y des sociétés comparables qui ont fait encore mieux : parmi les grandes compagies de transport aérien incluses dans les données sur le RMA ( soit 17 compagnies avec des chiffres d’affaires supérieurs à $ 25 millions) 25% ont des ratios de bénéfices avant impôts / total de l’actif qui dépassent 16.6%.

Continuons avec Delta Air Lines pour illustrer le calcul du ROFA. On prend les bénéfices après impôts de $ 1,101 millions du Tableau T-6.11 et on prend les immobilisations de $11,467 du Tableau T-6.11. Le ratio bénéfices après impôts / immobilisations pour 1999 est de :

ROFA = 1.101 / 11.467 = 0,096 ou 9,6%

En 1998 le ROFA de Delta était encore meilleur à 0.107 ( 1 ?001/9,321). Une fois encore, les performances de Delta étaient meilleures que celle d’AMR qui avait un ROFA de 0.091 (1,314/14,386) et de UAL avec un ROFA de 0.083 mais moindres que celles d'US Airways avec un ROFA de 0.147. Cependant US Airways ne fait état d’aucun équipement en leasing, ce que font les autres compagies, et une note annexe aux états financiers montre que les dettes en terme de leasing ne sont que de $ 27 millions. Mais dans les dettes à court terme, US Airways fait état de dépenses de location d’avions de $166 millions ce qui suggère que les locations hors bilan ne permettent pas de comparaisons avec les autres compagies aériennes. Voir les discussions sur les comparaisons des compagies aériennes au chapitre 13.

Voir les questions de révision de Q-10C2.1 à Q-10C2.3

3) - Comparaison de la taille des immobilisations au montant du capital :

Une société devrait cesser son activité si elle avait à liquider des immobilisations pour rembourser ses dettes. Cela implique que les immobilisations doivent être financées par des capitaux permanents : dette à long terme ou capital. Pour vérifier cela, il suffit de regarder un bilan et de vérifier que les immobilisations représentent une part plus faible du total de l’actif que la somme des dettes à long terme et du capital par rapport au total du bilan. Ceci est une image renversée de l’analyse du fonds de roulement qui exige également qu’une partie des actifs cycliques soit financée par des capitaux permanents (et non par des emprunts à court terme).

La part des immobilisations dans le total de l’actif peut également être comparée entre sociétés. Si une société montre une part significativement plus petite des immobilisations par rapport à l’actif total, on pourrait en conclure que cette société est plus efficace que les autres. Ceci peut cependant vouloir dire que cette société n’a pas suffisamment d’actifs pour mener ses opérations ou bien que les actifs sont vieux ou totalement amortis. Au contraire, si, en conjonction avec les autres ratios, on voit que cette société a trop de capital pour financer ses immobilisations on pourrait en conclure qu'elle est peu efficace. En se rappelant les nombreuses distorsions existant dans ces chiffres, il est largement recommandé d’interroger le management au lieu de se reposer uniquement sur les chiffres du bilan.

Pour illustrer la comparaison entre immobilisations et dettes, tournons-nous vers Bell Atlantic. Dans le Tableau T-5.8 bilan normalisé de Bell Atlantic Corp, on voit qu'en 1998 84% des actifs sont non cycliques ( à savoir 67% d’immobilisations plus 17% d’actifs non cycliques). Ceci doit être comparé aux dettes à long terme de 32% plus le capital de 24%, impôts différés de 4% et dettes non courantes de 21 % soit un total de 81% de source de financement non court terme à comparer aux 84% d’actifs non cycliques. Cela montre qu’une part des immobilisations est financée par des dettes à court terme, ce qui est clairement dangereux. Par comparaison, les actifs non cycliques des compagnies de téléphone représentent 57% de l’actif ( soit 39% d’immobilisations plus 5.5% d’incorporel et 11.6% d’autres actifs non cycliques alors que le financement long représente 62.3%.des besoins de financement ( 24.6% de dette à long terme, 1.7% d’impôts différés, 31.3% de capital et 4.7% d’autres dettes à long terme) comme cela est indique dans RML En d’autres termes, les immobilisations pour la plupart des firmes sont couvertes par des capitaux permanents. Cela n’est pas le cas pour Bell atlantic.

Voir les questions de révision Q-10C3.1 et Q-10C3.2

4) - Dépenses d’exploitation et montant des immobilisations de bilan :

Une approche indirecte pour étudier la stratégie du management en matière d’immobilisations peut être plus efficace que l’étude des montants des actifs. Tout d’abord, on peut regarder les dépenses de maintenance et réparation. Pour un opérationnel ces dépenses sont obligatoires. Notons que, parce qu elles sont exprimées en unités monétaires courantes, elle ne sont pas faussées par l’inflation comme le sont les immobilisations et les amortissements. Elles sont donc fiables. Si ces dépenses de maintenance et réparation augmentent plus vite que les autres données des comptes d'exploitation et du bilan ou si elles sont beaucoup plus importantes que celles du secteur, cela suggère des problèmes. Un problème peut être que les équipements sont trop vieux et leurs réparations très chères. Dans un tel cas on doit demander au management pourquoi les équipements ne sont pas remplacés. Si les clients ne sont pas servis parce que les équipements font défaut, des ventes sont perdues ( rappelons que les ventes ne doivent pas ête manquées !)

Si ,au contraire, les dépenses de maintenance et de réparation chutent cette année-là ou si elles sont beaucoup plus faibles que celles du secteur, alors un autre problème peut exister. La société peut chercher à économiser ses dépenses pour faire augmenter sa profitabilité. Il est pourtant évident qu’économiser sur la maintenance est contre productif : les équipements se détérioreront plus vite dans le futur. Cependant de plus faibles réparations peuvent aussi être le résultat d’un équipement de meilleure qualité. C’est le type d’enquète qui ne peut être menée que par l’inspection physique d’un expert. L’analyse des réparations et de la maintenance sera reprise au chapitre 13 mais la taille de ces dépenses doit bien sûr être menée en comparaison de la taille des immobilisations dans le total des actifs, ce qui sera discuté dans la section suivante. La taille relative des immobilisations peut être jaugée avec des dépenses telles que l’assurance.

Retournons à Delta Air Lines : pour cette analyse. Les dépenses de Delta en 1999 sont présentées dans le tableau T-10.1 ci-dessous.

Tableau T-10.1

Dépenses de Delta Air Lines

1999

%
Revenu total 14711 100
Salaires 4993 34
Carburant 1360 9
Commissions 867 6
Amortissements 961 7
Services 772 5
Frais sur ventes 755 5
Droits d'atterrissage 707 5
Location d'avions 590 4
Entretien 561 4
Service des passagers 500 3
Autres 775 5
Source: Delta Air Lines, Rapport annuel 1998

Comme on peut le voir dans le tableau T-10.1 les amortissements représentent 7% des revenues. Ceci est bien en ligne avec les 6 .9% des amortissements relatifs aux ventes dans le RMA 1999-2000. UAL a le même ordre de grandeur pour ses amortissements ( 6.7% des ventes). Mais les amortissements de US Airways ne sont que de 4%. Ceci confirme que US Airways n’a qu’un petit nombre de ses avions inclus dans les calculs du ROFA. En fait, les locations d’avions d’US Airways représentent 5.6% des ventes alors que c'est seulemnt 4% pour Delta. Cependant, US airways semble prendre meilleur soin de ses avions puisqu'elle dépense 5.7% de ses revenus en frais de maintenance et réparation comparé à 4% pour Delta et UAL. Mais cela demande à être confirmé par d’autres investigations car, si la flotte de US Aiways est plus vieille, cela justifierait de plus grandes dépenses de maintenance et expliquerait aussi le montant plus faible des immobilisations au bilan.

Voir les questions de révision de Q-10C4.1à Q-10C4.3

Voir le travail de recherche R-10C.1

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