ANALYSE FINANCIERE  © John Petroff Traduction: Françoise BRUNELLE Source: PEOI
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Chapitre 10 B- Les distorsions des montants

B – Les distorsions dans les montants des immobilisations au bilan

Après les distorsions dans les chiffres des stocks occasionnés par le système LIFO discutées précédemment, les distorsions dans les immobilisations sont presque aussi sérieuses. Les distorsions dans les chiffres d’immobilisation viennent des principes comptables à la fois des GAAP et du système comptable international (ainsi que des autres systèmes occidentaux ou russes) et non d’intentions délibérées du management. Bien que ces distorsions soient évaluables, les corrections suggérées dans le paragraphe suivant sont réalisées seulement quand un analyste veut évaluer une société dans le contexte d’une fusion, d’une acquisition, d’une restructuration ou de procédures de faillite.

1) - Usines et équipement:

Les règles comptables exigent que les usines et équipements soient inscrits au bilan à leur coût historique. En période d’inflation, les coûts historiques des usines et équipements achetés seulement quelques années auparavant sous estiment sensiblement la valeur de remplacement de ces mêmes équipements. Bien plus, quand on compare cette rubrique sur plusieurs années, il n’est pas possible de dire à partir des chiffres au bilan quelle partie de ces équipements a été retirée ou modernisée telle année car les chiffres présentés au bilan sont agrégés pour l’ensemble des usines et des équipements. .Il n’est pas non plus possible d’obtenir des informations à partir des dotations d’amortissement ni pour l’année courante ni pour les années précédentes. La raison en est identique : les chiffres ne sont pas décomposés. Des équipements qui durent trois ans sont mélangés à ceux qui ont une vie utile de cinq ou dix ans ou plus.

Au mieux, les notes ajoutées aux états financiers peuvent expliquer quelle méthode d’amortissement a été utilisée (linéaire, progressive, annuelle) et donner la vie moyenne des différentes catégories d’équipement. La décomposition est pratiquement impossible à réaliser pour un observateur extérieur (à moins que toutes les informations nécessaires ne soient données par la société). Les chiffres de cash flow sont également peu utilisables. Quand l’inflation est modérée, les chiffres au bilan ne sous estiment que modérément la valeur de remplacement des usines et équipements. Mais quand l’inflation est élevée, les chiffres peuvent devenir totalement dénués de sens. Dans certains pays où l’inflation est élevée, le gouvernement autorise une réévaluation des actifs et des amortissements par l’utilisation d’indices officiels. Mais utiliser le même indice pour une grande variété d’actifs qui subissent des différences dans la variation des prix ne permet qu’une correction très partielle de ces distorsions.

Pour un observateur extérieur, il est généralement inutile d’essayer de trouver une valeur de remplacement réaliste. La seule chose qui peut être faite est de trouver un indice d’inflation qui soit pertinent pour les actifs de cette compagnie et de l’utiliser pour déflater les chiffres courants ou reflater les chiffres des années précédentes. Faute de quoi (surtout si aucun indice n’est disponible) la seule solution est d’utiliser les montants tels qu’ils sont sachant que les distorsions sont là et en espérant que des distorsions de niveau comparable s’appliquent également aux usines et équipements des années précédentes ainsi qu’aux autres sociétés et donc que ces distorsions s’annulent. Malheureusement il n'y a aucune certitude que ce soit effectivement le cas.

Les montants exprimés au bilan pour les immobilisations peuvent-ils être sur évalués plutôt que sous évalués ? Oui bien sûr, si la dépréciation réelle des équipements, l’obsolescence technologique ou les excès de capacité diminuent la valeur de ces équipements par rapport aux montants publiés. Si les états financiers ont été audités, l’analyste financier peut se fier à l’opinion des Commissaires aux Comptes dans la plupart des cas quant à la véracité des chiffres mais pas sur leur adéquation aux actifs physiques qu’ils représentent. Une des raisons majeures pour lesquelles un analyste visite une société est de vérifier l’existence et l’état de marche de chaque usine. Il va sans dire que si les états n’ont pas été audités, une inspection physique est encore plus importante. Il y a deux dangers. Premièrement, si la société n’amortit pas les immobilisations périodiquement (c'est-à-dire quand les actifs perdent de leur valeur) , cela conduit à surévaluer la profitabilité et donc les réserves des années antérieures aussi bien que les actifs eux mêmes. Deuxièmement, et ce qui est plus grave, des actifs surévalués contrecarrent les effets des plans de financement : ceci peut conduire une société à ne pas rechercher d'actifs plus productifs et peut oblitérer les objectifs de ventes. .

Voir les questions de révision de Q-10B1.1 à Q-10B1.10

2) - Titres de participation:

Comme on l’a vu auparavant, cette rubrique fait partie des immobilisations et représente les parts en actions des filiales qui n’ont pas été consolidées avec la société mère. La méthode comptable exige que les titres des filiales soient d’abord comptabilisées à leur prix d’achat puis le prix initial d’achat est augmenté ou diminué de la part de la société mère dans les profits (nets d’éventuels dividendes) ou les pertes de la filiale. Puisque ce montant n’est jamais corrigé des variations des prix du marché, après plusieurs années la disparité entre les montants des titres au bilan et leur valeur de marché peut être substantielle en particulier si la filiale est dans un secteur en croissance .

Mais, là encore, cela n’a pas d’importance cruciale. Même si les actions ont été détenues pendant plusieurs années, le montant sous estimera de façon significative le prix de marché, mais la distorsion a peu d’effet sur les ventes et la production de la société elle-même et donc la distorsion a peu d’importance eu égard aux décisions à long terme et une correction n’est pas nécessaire. Si une filiale a rencontré des difficultés, le prix de marché peut être inférieur à la valeur au bilan mais un ajustement n’est pas non plus nécessaire à moins que l’analyste ne veuille calculer une valeur de liquidation pour les immobilisations. .

Voir les questions de révision Q-10B2.1 et Q-10B2.2

3) - Immobilisations incorporelles

Le goodwill (c'est-à-dire l’écart entre le prix d’achat d’une société et sa valeur d’actif comptable) apparaît seulement si une société a acheté une autre société. Les règles comptables recommandent que cet actif incorporel soit amorti le plus rapidement possible ou au pire en moins de 50 ans. Certains goowill datant d’avant que ces règles soient adoptées aux Etats-Unis (c'est-à-dire avant les années soixante dix) n’ont jamais été amortis. Leur montant a de fortes chances d’être surévalué.

Les brevets, les droits d’auteur, les marques commerciales et d’autres formes de propriété industrielle apparaissent dans les bilans selon les normes des GAAP seulement s'ils ont été achetés. Contrairement aux pratiques dans certains pays européens et dans la comptabilité internationale, aux Etats-Unis, les dépenses de recherche et de développement ne sont pas capitalisées dès lors que ceux-ci ont été menés en interne.( Les règles des GAAP ont cependant changé récemment concernant le développement des logiciels qui peuvent maintenant être amortis sur une période de trois ans). Ainsi ces postes sont globalement sous évalués dans les bilans des sociétés américaines. Alors que le savoir-faire industriel est un actif très important pour une société, il n’apparaît pas comme actif dans les bilans américains. Il est d'autant plus important, par conséquent, de scruter les rapports annuels et les comptes d’exploitation afin de, par exemple, en déduire le volume des dépenses de recherche et développement et de faire autant d’investigations que possible pour en déterminer la valeur commerciale potentielle (comme on l’a suggéré dans le chapitre précédent) .

Voir les questions de révision de Q-10B3.1 à Q-10B3.6

4) - Autres valeurs immobilisées:

Dans les autres valeurs immobilisées on peut trouver les dépenses prépayées et la partie permanente des stocks. Même si elles sont d’un montant élevé, les dépenses prépayées n’ont pas grande signification. Elles peuvent se rapporter à des dépenses engagées quand la société a été créée. De telles dépenses capitalisées sont généralement amorties sur de nombreuses années. Un impôt différé peut également figurer dans cette rubrique mais il ne constitue pas non plus un actif réel tel que défini au chapitre 13. La partie permanente des stocks peut être plus significative car c’est la reconnaissance par le management qu’il y a un excès de stock par rapport aux besoins courants. Si la détention de tels stocks n’était pas prévue (et s'ils ne consistent pas en matières premières précieuses pour l’entreprise) cela montre que de sérieuses difficultés sont apparues. Et cela peut attirer l’attention d’un analyste. Il peut également y avoir des capacités excédentaires en usines et équipements ou en matière d’immobilier qui peuvent être présentées séparément des autres immobilisations ou encore indiquées dans les notes annexes aux états financiers. Une investigation est clairement nécessaire pour déterminer pourquoi des fonds sont immobilisés dans des actifs non productifs et si des plans ont été prévus pour, soit les rendre productifs, soit s'en débarasser. L’indécision peut coûter cher à une entreprise.

Voir les questions de révision Q-10B4.1 et Q-10B4.2

5) - Immobilisations corporelles et actif net

Il est habituel de calculer une valeur d’actifs corporels nets quand on calcule la valeur d’une entreprise dans une optique de fusion ou d’acquisition. La valeur d’actif net est la différence entre les actifs corporels et l’ensemble des dettes. Pour obtenir les actifs corporels, on doit déduire tous les actifs non productifs ou invendables de l’actif total. Toutes ces rubriques ont été vues au chapitre 8. Elles comprennent les dépenses prépayées, le goodwill, l’écart entre la valeur de marché et la valeur au bilan des actifs physiques et financiers ainsi que le surplus de stocks et l’immobilier industriel dont la valeur marchande est indéterminée..

Voir les questions de révision Q-10B5.1 et Q-10B5.2

Voir les travaux de recherche de R-10B.1 à R-10B.3

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